Avant de dimensionner, il faut savoir ce qu’on installe. Un système de stockage n’est pas une grosse batterie : c’est un ensemble dont chaque étage a sa fonction, son coût et ses contraintes.
L’architecture, du plus petit au plus grand
Tout part de la cellule, l’unité chimique élémentaire, d’une capacité de quelques dizaines à quelques centaines de wattheures. Les cellules sont assemblées en modules, eux-mêmes empilés en racks. Un ensemble de racks, son système de gestion et son enveloppe forment ce que les intégrateurs appellent une armoire, l’unité dans laquelle se chiffrent les projets industriels : environ 100 kWh, une empreinte au sol comparable à celle d’une grande armoire électrique, installée en extérieur sur une aire technique ou dans un local dédié.
Chaque rack est surveillé par un BMS, le système de gestion de batterie. C’est lui qui mesure la tension et la température de chaque cellule, équilibre les charges, coupe en cas d’anomalie. Il ne se voit pas, il ne se choisit pas séparément, mais c’est lui qui décide de la durée de vie réelle de l’installation : deux batteries aux cellules identiques n’ont pas la même longévité selon la qualité de leur gestion.
Entre les batteries et le réseau électrique du site se trouve le PCS, le convertisseur de puissance. Il transforme le courant continu des batteries en alternatif, et inversement. Sa puissance, exprimée en kilowatts, est une grandeur distincte de la capacité de stockage exprimée en kilowattheures — et c’est la confusion la plus fréquente. Une installation de 1 000 kWh équipée d’un convertisseur de 250 kW mettra quatre heures à se vider ; la même capacité avec 1 000 kW de conversion se videra en une heure. Pour l’écrêtage de pointe, c’est la puissance de conversion qui compte ; pour absorber un surplus solaire, c’est la capacité.
Au-dessus de tout cela règne l’EMS, le système de pilotage énergétique. C’est le cerveau : il lit la consommation du site en temps réel, connaît les tarifs, anticipe la production solaire, et décide à chaque instant s’il faut charger, décharger ou ne rien faire. Un BESS sans EBS intelligent est un investissement à moitié utilisé. C’est aussi la partie la plus différenciante entre les offres du marché : le matériel se ressemble, le pilotage non.
Restent les organes que personne ne regarde et qui font passer ou échouer un projet : le transformateur si le site est raccordé en HTA, les protections et le tableau de raccordement, la détection incendie, la ventilation ou le refroidissement liquide, et le comptage qui permettra de prouver les économies.
Aval de compteur, amont de compteur : deux métiers
Un système installé en aval du compteur — ce que le secteur appelle le BTM, behind the meter — travaille pour le site. Il ne vend rien, il réduit une facture et libère de la puissance. Sa rentabilité se lit sur les factures d’électricité de l’entreprise, et sur elles seules.
Un système en amont du compteur — le FTM, front of the meter — est une centrale raccordée au réseau. Il achète de l’énergie quand elle est abondante, la revend quand elle est rare, et vend des services au gestionnaire de réseau. Son modèle économique dépend des prix de marché, ses autorisations sont autrement plus lourdes, et les demandes de raccordement s’accumulent dans des files d’attente qui se comptent en années.
Les équipements se ressemblent, les compétences non. Un intégrateur excellent sur l’un peut être médiocre sur l’autre. Cette page, et le simulateur qui l’accompagne, ne traitent que de l’aval de compteur.
Les cinq usages, et ce qu’ils rapportent
L’écrêtage de pointe. La batterie prend à sa charge les pics de consommation du site. L’intérêt n’est pas l’énergie économisée — elle est marginale — mais la puissance : une puissance souscrite plus basse coûte moins cher toute l’année, et les dépassements facturés disparaissent. C’est l’usage le plus lisible pour un directeur de site, parce qu’il se vérifie sur une ligne de facture.
L’arbitrage horaire. On charge quand le kilowattheure est bon marché, on décharge quand il est cher. Le gain est le produit de trois nombres : l’énergie déplacée, l’écart de prix entre les deux moments, et le rendement de l’aller-retour. Il se calcule facilement, il est régulier, et il dépend entièrement du contrat de fourniture : un écart heures pleines / heures creuses qui se resserre réduit mécaniquement ce gisement.
La valorisation du solaire. Sur un site déjà équipé en photovoltaïque, une partie de la production part sur le réseau à un tarif de rachat sans rapport avec le prix d’achat. Stocker ce surplus pour le consommer quelques heures plus tard transforme quelques centimes en vingt centimes. C’est souvent le gisement qui fait basculer un dossier, et c’est pourquoi les projets de stockage suivent les projets solaires de deux ou trois ans.
La sécurisation d’un process. Une coupure de quelques secondes peut coûter une journée de production dans l’agroalimentaire, la plasturgie ou l’imprimerie. Un BESS peut assurer cette continuité, mais l’architecture n’est pas la même : il faut un basculement sans coupure, une réserve d’énergie sanctuarisée, et souvent un groupe en complément. Cette fonction se chiffre à part, et elle change le dimensionnement.
La flexibilité. Un site capable de réduire sa consommation à la demande peut être rémunéré pour cette disponibilité. Les mécanismes existent, ils sont accessibles par des agrégateurs, mais ils supposent un engagement de disponibilité qui entre en concurrence avec les autres usages de la batterie. C’est un complément de revenu, rarement la raison principale d’investir.
Ces usages ne s’excluent pas : c’est même tout l’intérêt d’un pilotage intelligent que de les empiler sur une même batterie, en arbitrant heure par heure celui qui rapporte le plus. Un simulateur qui n’en calcule qu’un seul sous-estime le projet ; un vendeur qui les additionne sans arbitrer le surestime.