Depuis 2016, le programme Advenir irrigue le déploiement des bornes de recharge en France grâce au dispositif des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE). À l’occasion d’un entretien exclusif, son directeur Ludovic Coutant revient sur la stratégie, les données inédites de l’Observatoire Advenir et les chantiers à venir d’un programme reconduit jusqu’en 2030 — un maillon désormais central de toute réflexion sur la stratégie d’électrification française.
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Un outil de politique publique pensé pour s’effacer
Porté par une équipe de 17 personnes, Advenir est né en 2016 comme le principal outil de politique publique dédié à l’accompagnement de la mobilité électrique, avec un focus historique sur la recharge. Les pouvoirs publics viennent de renouveler leur confiance au dispositif, dont le fonctionnement est reconduit jusqu’à fin 2030 — un horizon qui sécurise la visibilité de la filière IRVE pour les cinq prochaines années.
La philosophie du programme repose sur un principe simple mais structurant : une aide d’État ne se justifie que si elle est réellement incitative, c’est-à-dire si le projet n’aurait pas vu le jour sans elle. « Le but est d’amorcer des choses avant que les fonds privés prennent le pas », résume Ludovic Coutant. Concrètement, cela signifie qu’Advenir a vocation à se retirer progressivement des segments devenus matures et rentables, pour concentrer ses moyens sur les usages qui en ont le plus besoin.
Trois priorités, trois barèmes
Cette logique de ciblage se traduit aujourd’hui par trois axes prioritaires, chacun avec son propre niveau de soutien :
- Le résidentiel collectif, où l’infrastructure de recharge est considérée comme un bien collectif. Les aides couvrent jusqu’à 50 % des coûts visés, qu’il s’agisse de bornes individuelles ou d’infrastructures collectives.
- La voirie publique, avec une prise en charge à hauteur de 30 % des coûts visés, sur du foncier public ou des parkings en délégation de service public (DSP). C’est ici que le rôle des collectivités est jugé le plus stratégique : répondre aux besoins les moins rentables, ceux que le marché privé ne couvrira pas spontanément.
- La mobilité lourde, avec une aide à 50 % pour les bornes installées en dépôt logistique privé ou ouvertes au public dans les zones logistiques — un cas d’usage émergent qu’Advenir entend développer avant, là aussi, de se retirer une fois le marché autonome.
Des évolutions de barème sont à l’étude, sans annonce ferme à ce stade. Sur la question sensible de la rétroactivité, Ludovic Coutant est clair : chaque dossier est évalué individuellement, et l’équité prime. Pour le dernier ajustement concernant les infrastructures collectives, c’est la date du vote en assemblée générale de copropriété qui fait foi pour déterminer le barème applicable — avant ou après le 1er avril. Il n’est en revanche plus question de subventionner du foncier privé.
Convaincre autant que financer
Au-delà du soutien financier, Advenir assume un second volet d’action : la sensibilisation du grand public. Le constat qui motive cet axe est simple — toutes les aides du monde ne suffisent pas si les particuliers ne sont pas convaincus qu’installer une borne chez soi est simple et accessible. Cet accompagnement passe par deux canaux distincts : le site advenir.mobi pour l’information sur les infrastructures, et jerouleenelectrique.fr pour la formation, avec un ciblage à la fois professionnel et étudiant.
Pour le détail chiffré des primes distribuées par type d’aide, Advenir met à disposition un suivi des bornes financées, consultable directement sur le site du programme.
L’Observatoire Advenir : le pilotage nocturne, signal fort d’une filière qui se structure
C’est sans doute l’un des apports les plus intéressants de l’entretien pour la stratégie d’électrification nationale : l’Observatoire Advenir, alimenté par les données du programme et consultable en accès libre (y compris en open data), révèle ce que Ludovic Coutant décrit comme un recours massif — et en forte croissance — au pilotage de la recharge la nuit. Le directeur reste prudent sur la portée de cette conclusion, les données étant agrégées, mais le signal est net : l’usage majoritaire des bornes financées par Advenir se déplace vers les heures creuses.
C’est une donnée à forte valeur stratégique dans le contexte des tensions sur le réseau électrique français : elle suggère que le comportement des utilisateurs s’aligne déjà, au moins partiellement et sans contrainte réglementaire généralisée, avec les besoins de flexibilité du réseau.
Un point que confirme la comparaison avec les cinq baromètres d’Avere-France (parc de véhicules, bornes de recharge, marché de l’occasion, données de recharge) : les deux organismes, bien que non exhaustifs sur l’ensemble du parc français de points de charge, gagnent selon Ludovic Coutant à croiser leurs corpus de données respectifs pour affiner la lecture collective des dynamiques de recharge et des contraintes réseau.
BESS, vol de câbles : les chantiers en germe
Deux sujets, à des stades très différents de maturité, complètent le tableau des priorités d’Advenir.
Le premier concerne l’intégration de systèmes de stockage par batterie (BESS) au programme. La réflexion est qualifiée d’« embryonnaire » par Ludovic Coutant : il s’agit avant tout de comprendre le fonctionnement de ces dispositifs et d’évaluer les potentiels conflits d’usage entre service rendu au réseau et besoin de mobilité, sachant que l’équilibre économique de ces systèmes repose souvent sur un mix d’usages. Advenir évalue actuellement dans quelle mesure cette brique technologique pourrait s’intégrer aux exigences des collectivités.
Le second sujet, plus sensible pour les exploitants de bornes, est celui du vol de câbles sur le réseau. Advenir se positionne en contributeur actif de l’écosystème sur cette problématique, tout en reconnaissant que c’est davantage Avere-France qui porte le sujet à travers son groupe de travail dédié à la qualité de service. Le vandalisme, en revanche, relève selon Ludovic Coutant moins d’un enjeu de politique publique que d’une question assurantielle.
Ce que dit Advenir de la stratégie française d’électrification
Pris dans son ensemble, cet entretien dessine les contours d’une doctrine cohérente : un outil public qui cible ses interventions là où le marché ne va pas encore, qui documente ses effets par la donnée plutôt que par l’intuition, et qui accepte de se retirer quand le privé prend le relais.
C’est précisément le type d’architecture — ciblage fin, mesure continue, effacement progressif — qu’appelle de ses vœux une véritable stratégie nationale d’électrification, à l’heure où la France cherche à structurer sa réponse aux enjeux de saturation réseau, de financement de la mobilité lourde et de acceptabilité sociale de la transition. La reconduction du programme jusqu’à 2030 offre à cette doctrine le temps long dont elle a besoin pour produire ses effets.
