Pourquoi Starlink ne peut pas opérer en Afrique ?

« Il existe 140 lois en Afrique du Sud qui accordent une préférence marquée aux Sud-Africains noirs. Starlink n’est pas autorisé à opérer en Afrique du Sud parce que je ne suis pas noir. »

Cette déclaration d’Elon Musk, publiée sur son réseau social X, a remis le feu aux poudres sur la question de la connectivité en Afrique. Si Starlink est déjà disponible dans plus de 20 pays du continent (du Nigeria au Rwanda, en passant par le Kenya), son absence dans la première puissance industrielle d’Afrique, le pays natal de Musk, reste une anomalie technologique majeure.

Mais au-delà de la rhétorique politique, pourquoi Starlink rencontre-t-il de tels obstacles réglementaires ?


Le mur du BEE : L’émancipation économique au cœur du conflit

Le blocage sud-africain ne repose pas sur une interdiction technique, mais sur une législation sociale : le Broad-Based Black Economic Empowerment (B-BBEE).

  • La règle des 30 % : Pour obtenir une licence de télécommunications (ECNS) en Afrique du Sud, toute entreprise doit détenir au moins 30 % d’actions possédées par des « personnes historiquement désavantagées » (principalement les Sud-Africains noirs, métis et indiens), victimes du régime de l’Apartheid.
  • Le refus de SpaceX : Elon Musk refuse de céder une part du capital de ses filiales locales. Pour lui, ces quotas sont « ouvertement racistes ». Pour le gouvernement sud-africain, il s’agit d’une condition non négociable de justice réparatrice.
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Vers un compromis : L’équivalence en fonds propres (EEIP)

Début 2026, la situation semble enfin se débloquer. Sous la pression d’une demande croissante pour un internet rapide dans les zones rurales, le ministre sud-africain des Communications, Solly Malatsi, a proposé une alternative :

  1. L’alternative à l’actionnariat : Les multinationales pourraient remplacer les 30 % de capital par des « programmes d’investissement équivalents ».
  2. Investissements concrets : Au lieu de vendre des parts, Starlink pourrait investir massivement dans les infrastructures locales, la formation aux compétences numériques ou la fourniture de kits internet gratuits aux écoles rurales.
  3. L’offre de Starlink : SpaceX a déjà promis un investissement de 2,5 milliards de rands (environ 130 millions d’euros) dans l’économie sud-africaine et la connexion gratuite de 5 000 écoles si la licence est accordée.

Ailleurs en Afrique : Souveraineté vs Connectivité

Si l’Afrique du Sud est le cas le plus médiatisé, d’autres pays freinent également pour des raisons variées :

  • Souveraineté numérique : Des pays comme le Cameroun ou la Namibie ont exprimé des craintes quant au contrôle d’internet par une entité étrangère échappant aux infrastructures terrestres nationales.
  • Sécurité nationale : En janvier 2026, l’Ouganda a ordonné la suspension des terminaux Starlink utilisés illégalement, citant des impératifs de sécurité avant les élections présidentielles.
  • Protection des opérateurs locaux : Dans certains marchés, les régulateurs protègent les opérateurs historiques (souvent d’État) qui ne peuvent pas rivaliser avec les tarifs et la vitesse du satellite.

Conclusion : Un bras de fer entre idéologie et pragmatisme

Le cas Starlink illustre la tension entre la volonté de moderniser les infrastructures numériques et la nécessité de respecter les lois locales sur la transformation sociale ou la sécurité. En Afrique du Sud, l’assouplissement des règles BEE pourrait marquer un tournant : prouver que l’on peut attirer les géants de la tech tout en finançant le développement local.

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