Le monde de la Silicon Valley est en ébullition. Mercredi dernier, une décision judiciaire majeure a marqué un tournant décisif dans le conflit opposant Elon Musk à OpenAI. La juge de district américaine Yvonne Gonzalez Rogers a rejeté la demande de non-lieu déposée par OpenAI, affirmant qu’il existe « de nombreuses preuves » suggérant que l’entreprise a trahi ses promesses initiales.
Ce verdict propulse l’affaire devant un jury populaire, avec un procès prévu pour mars 2026.
Les origines du conflit : Une mission détournée ?
Pour comprendre l’enjeu, il faut remonter à 2015. À l’époque, Elon Musk co-fonde OpenAI aux côtés de Sam Altman et Greg Brockman. L’idée est noble : créer une organisation à but non lucratif dédiée au développement d’une intelligence artificielle générale (AGI) « pour le bénéfice de l’humanité », tout en garantissant la transparence via l’open-source.
Les chiffres clés de l’engagement de Musk
- Investissement : Environ 38 millions de dollars injectés par Musk dans les débuts.
- Part de financement : Il représentait près de 60 % du financement initial de la structure.
- Départ : Musk quitte le conseil d’administration en 2018, officiellement pour éviter les conflits d’intérêts avec Tesla.
L’accusation : Le « Grand Pivot » vers le profit
Le cœur de la plainte repose sur la transformation radicale d’OpenAI. Musk accuse Altman et Brockman d’avoir orchestré un passage vers un modèle lucratif pour s’enrichir personnellement, notamment via des accords de plusieurs milliards de dollars avec Microsoft.
« Il existe de nombreuses preuves suggérant que les dirigeants d’OpenAI ont donné l’assurance que sa structure originale à but non lucratif serait maintenue. » — Juge Yvonne Gonzalez Rogers
Ce que Musk tente de prouver :
- Rupture de contrat implicite : Les fonds ont été donnés sous réserve d’une mission non lucrative.
- Publicité mensongère : OpenAI aurait utilisé son image de « bienfaiteur public » pour attirer talents et capitaux avant de changer les règles.
- Accaparement technologique : Le passage au modèle fermé (propriétaire) contredirait l’idéal « Open » du nom de l’entreprise.
La défense d’OpenAI : Une « jalousie commerciale » ?
De son côté, OpenAI ne mâche pas ses mots. L’entreprise décrit Musk comme un « concurrent commercial frustré » qui utiliserait la voie judiciaire pour ralentir un leader du marché qu’il n’a pas réussi à contrôler.
Depuis son départ, Musk a en effet lancé sa propre entreprise d’IA, xAI, et développé Grok, un concurrent direct de ChatGPT. Pour OpenAI, cette plainte n’est qu’une manœuvre stratégique pour obtenir des secrets commerciaux ou nuire à la réputation de Sam Altman.
Pourquoi ce procès est crucial pour l’industrie
Ce procès de mars ne sera pas seulement une bataille d’ego entre milliardaires. Il pourrait redéfinir les règles du secteur technologique :
- Jurisprudence sur les OSBL : Jusqu’où une organisation à but non lucratif peut-elle pivoter vers le profit sans trahir ses donateurs ?
- Transparence de l’IA : Le tribunal pourrait forcer la divulgation de documents internes sur le développement de GPT-4 et les accords secrets avec Microsoft.
- Éthique vs Business : Le verdict dira si les « promesses éthiques » des fondateurs de la tech ont une valeur juridique contraignante.
Un rendez-vous historique en mars
Si Elon Musk parvient à convaincre le jury qu’OpenAI a « vendu son âme », les conséquences pourraient être sismiques : restructuration forcée, amendes massives, voire une remise en question de l’alliance avec Microsoft.
