J’ai essayé d’expliquer ce qu’est BYD à ma famille à Noël. Ça a duré vingt minutes et ça s’est mal terminé

Je pensais que ce serait simple. Une voiture neuve à Noël, ça devrait être un sujet joyeux, un moment de fierté partagée. Garer la BYD Seal devant la maison de mes parents en Normandie, voir ma famille sortir, admirer. Ça s’est passé différemment.

Ma mère est sortie la première. Elle a regardé la voiture, regardé le sigle sur le capot, puis s’est tournée vers moi avec une expression que je connais bien — celle qu’elle a quand elle essaie de ne pas dire ce qu’elle pense. « C’est quoi comme marque ? » Ce sont les premiers mots qu’elle a prononcés ce soir-là. Pas : « Elle est belle. » Pas : « Tu l’as depuis quand ? » Juste : c’est quoi.

La table du réveillon

Nous sommes une famille de onze personnes autour de la table le soir du 24. Je travaille dans la tech, j’ai la réputation d’acheter des trucs bizarres que personne ne comprend. Mes frères m’ont déjà reproché d’avoir un robot aspirateur qui « s’embête tout seul dans le couloir la nuit ». La BYD allait donc s’inscrire dans ce patrimoine familial.

L’interrogatoire s’est organisé naturellement, sans complot ni malveillance.

Mon père, soixante-deux ans, retraité de l’industrie automobile justement — il a passé vingt ans chez un équipementier Tier 1 : « C’est pas une vraie marque de voiture, ça ? Je connais pas. » C’était dit sans hostilité. Simplement factuel. Trente ans dans le secteur, et le nom BYD ne lui disait rien en tant que constructeur.

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Mon beau-frère, trente-huit ans, qui travaille dans un concession Volkswagen : « BYD, c’est pas ceux qui font les batteries ? Ils font des voitures maintenant ? » Il savait à moitié. Il avait vu passer des infos sur BYD comme fournisseur de batteries, mais pas comme constructeur grand public.

Ma cousine, trente ans, très attentive aux questions environnementales : « C’est fabriqué en Chine ? Et la qualité, c’est fiable ? » Deux questions légitimes, posées avec une sincérité totale, sans condescendance.

Et puis la question de ma grand-mère, quatre-vingt-un ans, qui résume tout avec l’efficacité que seuls les anciens maîtrisent : « Tu aurais pas pu prendre une Peugeot ? »

Les vingt minutes

J’ai passé vingt minutes à défendre mon achat. J’avais les arguments, bien rangés dans ma tête depuis que j’avais fait mes recherches. BYD, Build Your Dreams, fondé en 1995, aujourd’hui premier constructeur mondial de véhicules électriques par volume de ventes, devant Tesla. Soixante millions de batteries vendues dans le monde. La Seal est basée sur une plateforme e-Platform 3.0, architecture 800 volts, moteur arrière de 313 chevaux, autonomie de 570 kilomètres en WLTP.

Chaque chiffre que je sortais générait une nouvelle question. « Mais ils ont des concessions en France ? » — une vingtaine, oui. « Et si tu as une panne loin ? » — bonne question, sujet pour un autre article. « Et le service après-vente, c’est comment ? » — correct dans mon expérience, réseau en développement.

La vérité, c’est que j’avais des réponses à tout. Et que ça n’a rien changé.

Ce que j’ai compris autour de cette table

Il y a une chose que les données et les arguments ne peuvent pas faire : créer une image de marque dans l’esprit de quelqu’un qui n’a jamais rien vu ni entendu sur un sujet. L’image de marque, ça prend des années. Elle se construit par la publicité, par la présence dans les rues, par le bouche-à-oreille, par les émissions de télé, par le simple fait de voir des voitures avec ce badge dans son quotidien.

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Tesla a mis dix ans à construire ça en France. Dix ans de polémiques sur Elon Musk, de Superchargers qui poussaient partout, de voisins et collègues qui en achetaient une, de Model 3 qui se multipliaient sur les autoroutes jusqu’à devenir incontournables. Aujourd’hui, dire « Tesla » à ma grand-mère, elle sait à peu près ce que c’est. Pas parfaitement, mais à peu près.

Dire « BYD » à ma grand-mère, c’est dire un mot sans image derrière. Et ça, l’argument technique ne peut pas le remplacer.

Ce que j’ai réalisé ce soir-là, c’est que lorsqu’on achète une marque inconnue du grand public, on ne fait pas juste un achat. On fait un acte de pionniers. On accepte d’être l’ambassadeur non-rémunéré d’une marque auprès de son entourage. On accepte d’expliquer, de justifier, de rassurer. Et parfois, d’échouer à convaincre, même avec tous les bons arguments.

Le lendemain matin

Mon père a demandé à voir la voiture de jour. Il a fait le tour, a ouvert le coffre, s’est assis à l’avant. Il a regardé l’écran, a tâté la qualité des plastiques, a fermé et rouvert la portière deux fois — réflexe d’ancien de l’industrie, pour tester le jeu et le bruit de fermeture. Il n’a rien dit. Il a juste hoché la tête.

Le lendemain, ma mère m’a appelé pour me demander à combien j’avais acheté la voiture. Pas pour me critiquer — pour comparer avec le prix qu’elle avait vu sur une Peugeot e-3008 dans une publicité. Je lui ai dit. Elle a trouvé que c’était « raisonnable pour une voiture pareille ». C’est le plus grand compliment que j’aie eu de ma famille sur ce sujet.

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Ce n’est pas encore une victoire. C’est un début. Et BYD, pour s’installer vraiment dans l’imaginaire français, va avoir besoin de beaucoup de débuts comme celui-là, dans beaucoup de familles, sur beaucoup de tables de réveillon.

Ce que j’aurais dit différemment

Si c’était à refaire, je n’aurais pas sorti les chiffres. Je les aurais fait monter dedans dès le début, avant le repas. Parce que l’expérience physique de la voiture — le silence de démarrage, la fluidité de l’accélération, la qualité de l’écran — dit en trente secondes ce que vingt minutes d’arguments ne peuvent pas dire.

Les voitures, ça ne se vend pas avec des données. Ça se vend avec le corps. BYD va l’apprendre, et vite. Ou pas assez vite.

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