Ça fait deux ans que j’attends ce moment. Deux ans que je roule en Tesla Model Y et que mon beau-frère — appelons-le Gérard, il se reconnaîtra — me regardait avec cet air de commisération polie réservé aux gens qui ont fait un choix douteux. « Mais t’as pas peur de tomber en panne sur l’autoroute ? » « Et tu fais comment pour les longs trajets ? » « Moi je veux garder ma liberté. »
Sa liberté. Celle de payer 2,03 euros le litre de diesel ce lundi matin.
Ce weekend, Gérard m’a appelé. Pas pour parler de foot. « Dis-moi, toi avec ta Tesla… tu paies combien pour recharger ? »
J’ai failli lui répondre que je l’avais toujours dit. Je me suis retenu. Parce que ce n’est pas le moment d’être condescendant — c’est le moment d’être utile.
Ce que Gérard paie chaque mois
Gérard a un Peugeot 5008 diesel. Belle voiture, confortable, sept places. Il fait environ 1 500 kilomètres par mois — les trajets domicile-boulot, les weekends chez les parents, les courses du samedi. Sa consommation réelle : 7,4 litres aux 100 km. Pas extraordinaire pour un SUV familial diesel.
Calcul du mois de mars 2026, avec le gazole à 2,03 € le litre :
1 500 km × 7,4 L/100 km × 2,03 €/L = 225,33 €
En janvier 2026, le gazole était encore à 1,59 € le litre. Le même trajet lui coûtait 176 €. En six semaines, sans changer de voiture, sans modifier ses habitudes, sans décider quoi que ce soit, Gérard a pris 50 euros par mois dans la figure. Et si les tensions géopolitiques actuelles poussent le baril au-delà de 100 dollars — hypothèse qui circule sérieusement — son budget mensuel pourrait frôler 270 euros avant l’été.
C’est ça, la « liberté » du thermique. Un budget qu’on ne contrôle pas.
Ce que je paye chaque mois
J’ai une wallbox à la maison — une borne de recharge que j’ai installée dans mon garage pour environ 1 000 euros tout compris il y a deux ans, avec une aide ADVENIR qui a couvert une partie du coût. Je branche la Tesla chaque soir, comme je branche mon téléphone. Le matin, elle est pleine. Ce rituel prend littéralement trois secondes.
Mon tarif heure creuse chez EDF : 0,1328 €/kWh. Ma Model Y Grande Autonomie consomme en réalité environ 19 kWh aux 100 km en usage mixte — un poil plus en hiver, un poil moins en été.
1 200 km rechargés à domicile × 19 kWh/100 × 0,1328 €/kWh = 30,28 €
Pour les 300 km restants que je fais au Superchargeur lors de mes déplacements plus longs, j’ajoute environ 22 euros.
Total mensuel : 52 euros.
Gérard paie 225 euros. Je paie 52 euros. L’écart mensuel : 173 euros. En un an, c’est 2 076 euros que Gérard dépense en carburant là où je dépense en énergie. Deux mille euros. Le prix d’une belle semaine de vacances.
« Mais ta Tesla coûte plus cher à l’achat »
C’est la deuxième chose que Gérard m’a dite. Et c’est vrai — il faut l’entendre.
Son 5008 diesel était à 38 000 euros. Ma Model Y Grande Autonomie était à 48 990 euros au moment de l’achat. Soit 11 000 euros de plus. Je ne vais pas prétendre que ça n’existe pas.
Mais sur quatre ans de possession — durée de rétention moyenne d’un véhicule en France — voici ce que les chiffres disent honnêtement :
| Poste | Peugeot 5008 diesel | Tesla Model Y |
|---|---|---|
| Énergie (4 ans) | ~9 600 € | ~2 496 € |
| Entretien (vidanges, courroies, filtres…) | ~2 800 € | ~800 € |
| Assurance tous risques | ~5 600 € | ~7 200 € |
| Total coûts d’usage | ~18 000 € | ~10 496 € |
Économie sur l’usage en 4 ans : 7 504 euros en faveur de la Tesla.
L’écart à l’achat était de 11 000 euros. L’économie sur l’usage est de 7 500 euros. La différence réelle sur quatre ans : environ 3 500 euros en faveur du thermique, soit moins de 75 euros par mois. Et ce calcul est fait avec les prix du carburant de début mars. Avec le diesel qui flirte avec 2,10 euros en ce moment, la balance penche encore un peu plus vers l’électrique.
Ce que Gérard ne savait pas sur la recharge
La question de Gérard n’était pas seulement « combien ça coûte ». Il voulait comprendre comment ça marche. Parce que la recharge, pour quelqu’un qui n’a connu que le plein d’essence, c’est une boîte noire.
Je lui ai expliqué simplement : imaginez que vous rentrez chaque soir avec un téléphone à 20 % de batterie. Vous le branchez. Le lendemain matin, il est à 100 %. Vous ne pensez plus jamais à « faire le plein » — c’est automatique, transparent, intégré à votre routine. C’est exactement ce que c’est.
La recharge rapide au Superchargeur, c’est pour les longs trajets — comme vous vous arrêtez dans une station-service sur l’autoroute, sauf que vous avez le temps de boire un café et de prendre l’air, parce que 20 minutes suffisent pour récupérer 200 kilomètres d’autonomie.
Gérard a hoché la tête. « Et t’as jamais eu d’angoisse de tomber en panne ? »
Une fois. En deux ans. Un soir où j’avais enchaîné des réunions et oublié de brancher la voiture deux nuits de suite. J’étais à 8 % de batterie un mardi matin. Je me suis arrêté au Superchargeur dix minutes, et j’ai eu assez pour la journée. C’était moins grave que le matin où Gérard a eu sa batterie de démarrage qui lâchait par -6°C.
Ce que j’ai dit à Gérard pour finir
Je ne lui ai pas dit d’acheter une Tesla. Parce que ce n’est pas aussi simple.
Je lui ai demandé trois choses : est-ce qu’il a la possibilité d’installer une borne à son domicile ou à son travail ? Est-ce qu’il peut envisager un budget de départ autour de 35 000 euros pour une Model 3 d’entrée de gamme ou une Tesla d’occasion ? Et est-ce qu’il est prêt à changer un rituel — le plein d’essence — pour un autre : brancher la voiture le soir ?
Si les trois réponses sont oui, le calcul est simple. Chaque litre de diesel qui monte est un argument de plus. Et vu la trajectoire de mars 2026, les arguments ne manquent pas.
