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Pour éclairer la stratégie énergie du groupe, Tesla Mag a échangé avec Jérémy Marsault, Responsable Développement Énergie chez Circet, qui pilote le développement commercial des projets photovoltaïques, stockage et bornes de recharge portés par le groupe.
Numéro un européen des services d’infrastructures télécoms, Circet ne se contente plus de déployer de la fibre et des réseaux mobiles. Depuis 2022, le groupe a lancé une branche Transition Énergétique, accélérée en juillet 2024 par le rachat de KBE Energy, spécialiste du photovoltaïque implanté dans le sud de la France. Deux ans plus tard, Circet Énergie affiche une feuille de route claire : photovoltaïque, stockage (BESS) et bornes de recharge (IRVE), avec l’ambition assumée de devenir un acteur de référence des énergies renouvelables en France, et au-delà.
Un géant du télécom qui bascule vers l’énergie
Fondé en 1993, Circet s’est construit pendant trois décennies autour d’un métier : l’ingénierie, le déploiement, l’installation et la maintenance des réseaux télécoms fixes et mobiles, pour le compte des opérateurs, des collectivités et des grands comptes. Présent aujourd’hui dans une douzaine de pays en Europe, en Amérique du Nord et en Afrique du Nord, le groupe s’est imposé comme le leader européen de l’infrastructure télécom, porté par les grands cycles d’investissement dans la fibre optique et la 5G.
Mais ce cœur de métier, aussi solide soit-il, connaît par nature des cycles : les déploiements FTTH arrivent à maturité, la 5G se densifie. Circet a donc choisi d’ouvrir un second axe de croissance, en misant sur une logique industrielle proche de celle du télécom : gestion de chantiers, coordination de sous-traitants, maintenance de réseaux techniques, bureaux d’études. La transition énergétique coche toutes ces cases.
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Le rachat de KBE Energy, accélérateur de la bascule
En juillet 2024, Circet a racheté KBE Energy, expert de l’installation de centrales photovoltaïques dans le sud de la France. Fondée en 2006 dans le Sud-Ouest, l’entreprise proposait des services d’ingénierie spécialisés dans le photovoltaïque en toiture pour ombrières de parkings, bâtiments agricoles, industriels et tertiaires, avec plus de 500 centrales déjà réalisées en injection réseau et en autoconsommation.
Pour Circet, cette acquisition n’est pas anecdotique : elle comble une brique qui manquait à son offre de transition énergétique, jusque-là centrée sur l’IRVE et les smart grids. L’opération a été présentée comme une alliance stratégique pour renforcer le photovoltaïque en France, en s’appuyant sur l’expertise déjà éprouvée de KBE Energy. Le dirigeant de la division Transition Énergétique de Circet France a de son côté souligné que ce rachat permettait au groupe de prendre pied sur un marché des énergies renouvelables particulièrement dynamique.
Côté KBE, le message est similaire : rejoindre un groupe de la taille de Circet est vécu comme une étape structurante, avec la perspective de mettre le savoir-faire photovoltaïque de l’équipe au service du développement énergétique du groupe. La gouvernance opérationnelle de KBE Energy a été maintenue, avec la volonté affichée de préserver la culture d’entreprise et la qualité de service qui ont fait sa réputation, notamment sur son bastion historique du Sud-Ouest et sa deuxième implantation près d’Aix-en-Provence.
Un premier effet concret de ce rapprochement a d’ailleurs été observé rapidement : des agences Circet ont sollicité KBE Energy pour des projets d’alimentation photovoltaïque de sites isolés, notamment pour des antennes-relais sur des zones non raccordées au réseau. Une illustration très concrète de la logique de convergence entre télécom et énergie qui motive toute la stratégie du groupe.
Une offre qui se structure autour de trois piliers
Deux ans après le rachat de KBE Energy, Circet Énergie a construit une offre intégrée qui repose, selon Jérémy Marsault, sur trois briques complémentaires :
- Le photovoltaïque, brique historique héritée de KBE Energy : conception, recherche et négociation de sites, construction, installation, mise en service et maintenance, avec une spécialisation marquée sur les ombrières de parking et les sites en toiture (bâtiments agricoles, industriels, tertiaires).
- Le stockage d’énergie (BESS), brique plus récente qui vient répondre aux besoins croissants de pilotage de la production solaire, avec un principe de multi-sourcing confirmé par Jérémy Marsault : Circet Énergie ne s’est pas lié à un fabricant unique et travaille avec différents fournisseurs de batteries selon les projets.
- Les bornes de recharge (IRVE), activité historique de la branche Transition Énergétique, qui reste un axe de croissance fort. En interne, c’est d’ailleurs sur ce segment que se dessine la prochaine étape naturelle pour beaucoup de dossiers photovoltaïques : une fois l’installation solaire réalisée, le stockage et la recharge de véhicules deviennent le prolongement logique du projet.
Sur le terrain, la taille des dossiers traités donne une bonne idée du positionnement actuel de Circet Énergie : d’après Jérémy Marsault, les projets vont aujourd’hui de 100 kW à 7 MW, avec des marchés qui montent régulièrement jusqu’au mégawatt.
Une vitrine IRVE : la station du Mont-Saint-Michel avec e-Totem
L’ambition affichée sur l’IRVE ne relève pas que du discours. Circet a récemment contribué, aux côtés de son client e-Totem, à l’installation de ce qui est présenté comme la plus grande station de recharge publique de France, au pied du Mont-Saint-Michel. Le site compte plus de 200 points de charge, d’une puissance allant de 7 kW à 180 kW, ouverts à tous les visiteurs du site.
Les équipes énergie de Circet ont accompagné la mise en œuvre technique du projet pendant six mois, avec la pose de deux postes haute tension, plus d’1,5 km de tranchées creusées et 10 km de câbles déployés. Un chantier d’ampleur, mené par les équipes de l’Ouest du groupe, qui illustre concrètement la capacité de Circet Énergie à piloter des projets IRVE de grande envergure de bout en bout : conception, construction et maintenance.
Ce type de référence conforte le positionnement que revendique Circet Énergie sur ce segment : partenaire majeur du distributeur d’électricité français et acteur clé auprès des plus grands opérateurs de recharge, capable de déployer des infrastructures complexes à l’échelle nationale. C’est une fourchette qui correspond typiquement aux ombrières de parking de taille moyenne à grande, aux toitures industrielles et aux premiers projets solaires au sol de taille intermédiaire.
Le cap : les gros projets d’ombrières
Selon Jérémy Marsault, l’ambition affichée pour les prochains mois est claire : monter en gamme sur les grands projets d’ombrières photovoltaïques. C’est un segment porteur en France, poussé par la loi APER qui impose progressivement l’équipement solaire des grands parkings extérieurs, et qui offre un potentiel de foncier déjà artificialisé, donc plus simple à mobiliser que les centrales au sol.
Ce virage vers des projets de plus grande envergure s’accompagne d’un renforcement de l’ancrage financier des dossiers : Jérémy Marsault souligne que Circet Énergie travaille étroitement avec des acteurs du financement, une dimension incontournable dès lors que les projets grimpent en puissance et nécessitent des montages en tiers-investissement ou des schémas de financement de projet plus complexes.
Côté couverture géographique, l’activité reste avant tout nationale, mais certains grands clients amènent Circet Énergie à répondre également à des appels d’offres à l’échelle européenne — une cohérence naturelle pour un groupe déjà implanté dans une douzaine de pays via son activité télécom historique.
Une organisation qui mise sur l’intégration interne
Autre trait marquant de la stratégie de Circet Énergie, confirmé par Jérémy Marsault : la volonté d’internaliser un maximum de compétences plutôt que de sous-traiter. Le groupe dispose ainsi d’un bureau d’études interne, capable de prendre en charge la conception technique des projets sans dépendre systématiquement de prestataires externes — un choix qui rappelle la logique déjà à l’œuvre dans l’activité télécom historique de Circet, où la maîtrise de bout en bout de la chaîne de déploiement fait partie de l’ADN du groupe.
Jérémy Marsault décrit une organisation de la division Énergie structurée autour de trois grands pôles complémentaires : le photovoltaïque et les ENR, l’infrastructure réseau, et l’IRVE. Cette structuration en pôles dédiés permet à Circet Énergie de traiter à la fois des dossiers purement solaires, des projets mêlant réseau électrique et énergie, et des déploiements de recharge, tout en gardant une cohérence d’ensemble sur les grands comptes qui ont souvent des besoins sur plusieurs de ces segments à la fois.
Ce qu’il faut retenir
Deux ans après avoir mis un pied dans le photovoltaïque via le rachat de KBE Energy, Circet a clairement transformé l’essai. Le groupe ne se positionne plus comme un simple opportuniste de la transition énergétique, mais construit méthodiquement une offre intégrée — photovoltaïque, stockage, IRVE — avec les mêmes réflexes industriels qui ont fait sa force dans le télécom : bureau d’études interne, maîtrise de la chaîne de déploiement, et une ambition de montée en gamme vers les projets d’ombrières de grande taille.
Avec des dossiers qui montent déjà jusqu’à 7 MW et une stratégie de financement structurée pour accompagner les plus gros projets, Circet Énergie a clairement les moyens de ses ambitions. Reste à transformer cette dynamique en position de leader durable sur un marché des ENR français en pleine recomposition, entre fin des tarifs de rachat garantis les plus généreux et montée en puissance de l’autoconsommation et du stockage. Sur ce terrain, l’atout de Circet est justement de pouvoir s’appuyer sur la taille, la solidité financière et le maillage territorial d’un groupe déjà numéro un dans son secteur d’origine.
