Depuis le 1er janvier 2026, le crédit d’impôt borne de recharge (CIBRE) de 500 € pour les particuliers a définitivement disparu. Un amendement pour le prolonger jusqu’en 2027 avait pourtant été déposé, avant d’être rejeté lors de l’examen de la loi de finances 2026. Résultat sur le terrain : un ralentissement net des demandes chez les particuliers, et une question qui revient de plus en plus dans la bouche des artisans électriciens spécialisés IRVE : « à quoi bon renouveler ma qualification Qualifelec, si c’est pour perdre de l’argent tous les quatre ans sur un marché qui se tarit ? »
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Une qualification qui coûte cher, sur un marché qui ralentit
La qualification IRVE délivrée par Qualifelec n’est pas une formalité gratuite. Entre la formation initiale, le dossier de qualification et le renouvellement quadriennal, la facture tourne autour de 1 500 à 3 000 € par personne et par niveau, sans compter le contrôle intermédiaire à deux ans qui vient s’ajouter à la charge administrative. Pour un artisan électricien indépendant ou une petite entreprise du bâtiment, cet investissement ne se justifiait, jusqu’ici, que par un flux régulier de chantiers chez les particuliers, largement porté par l’incitation fiscale.
Or ce flux s’est nettement contracté. Rien qu’en 2024, environ 47 000 foyers avaient bénéficié du CIBRE pour installer une borne à domicile. Sans ce coup de pouce de 500 €, une partie de ces ménages reporte ou abandonne son projet, en particulier ceux qui hésitaient encore à franchir le pas de l’électrique. Beaucoup d’installateurs constatent très concrètement la baisse des devis signés côté particuliers depuis le début de l’année.
C’est dans ce contexte que la grogne s’exprime : pourquoi continuer à payer plusieurs milliers d’euros tous les quatre ans pour une qualification qui, sur le terrain, ne se traduit plus par un carnet de commandes à la hauteur de l’investissement ?
Ce que Qualifelec garantit, et pourquoi ça reste essentiel
Il faut le rappeler avec clarté : la qualification IRVE n’est pas une lubie administrative. Depuis le décret n° 2017-26 du 12 janvier 2017, révisé en 2021, toute installation de borne de plus de 3,7 kW doit obligatoirement être réalisée par un professionnel qualifié. Sans elle, pas d’attestation Consuel, pas d’éligibilité aux aides comme Advenir, et en cas de sinistre, l’assurance de l’utilisateur peut se retourner contre lui. Sur un sujet aussi sensible que l’électricité à haute puissance dans un garage ou un parking, la qualification reste le seul filtre sérieux entre un chantier fait dans les règles et une installation qui met en danger les personnes et les biens.
Sur ce point, Qualifelec a raison de tenir la ligne. La montée en puissance du parc électrique français, qui dépasse désormais les 3 millions de véhicules, et la multiplication des installations en copropriété et en entreprise, rendent la compétence technique plus nécessaire que jamais. Baisser la garde sur les exigences de qualification serait le pire des signaux à envoyer, au moment où la filière a justement besoin de crédibilité pour rassurer les particuliers échaudés par la fin des aides.
Une grogne légitime, mais qui mérite d’être entendue
Le problème n’est donc pas la qualification en elle-même. Il est dans le sentiment, largement partagé chez les artisans IRVE, d’être seuls face à un coût récurrent alors que le marché résidentiel ralentit et que l’accompagnement concret de Qualifelec sur le terrain reste, aux yeux de beaucoup d’installateurs, insuffisant.
Plusieurs remontées convergent : des délais de traitement de dossier de qualification qui restent de 4 à 6 semaines en moyenne, un accès aux formations agréées jugé parfois complexe à organiser pour de petites structures qui ne peuvent pas se permettre d’immobiliser un technicien plusieurs jours, et surtout l’absence d’un soutien commercial ou de visibilité clair pour aider les installateurs qualifiés à capter les chantiers qui existent encore, notamment sur le segment copropriétés et entreprises où les aides Advenir demeurent actives.
Beaucoup d’artisans ont le sentiment de payer pour un tampon, sans que Qualifelec ne les aide à transformer cette qualification en flux d’affaires. Un organisme certificateur n’a pas vocation à faire de l’apport d’affaires, ce n’est pas son rôle réglementaire. Mais la demande de terrain est claire : davantage de mise en relation avec les réseaux de distribution ADVENIR, davantage de pédagogie vers les particuliers pour expliquer que la certification a toujours du sens même sans le CIBRE, davantage de communication sur les nouveaux relais de croissance (copropriété, flottes d’entreprise, V2G).
Le vrai enjeu : réorienter le discours vers les segments qui tirent encore le marché
La suppression du CIBRE ne signifie pas la fin du marché IRVE, loin de là. Le programme Advenir reste pleinement opérationnel pour les copropriétés et les entreprises, avec des plafonds d’aide qui vont jusqu’à 8 000 € HT pour l’infrastructure collective d’un parking. Le plan d’électrification présenté par le gouvernement en avril 2026, doté d’une enveloppe annuelle croissante jusqu’à 10 milliards d’euros d’ici 2030, vise 400 000 bornes publiques. Ce sont ces segments, et non plus la maison individuelle isolée, qui doivent devenir le nouveau terrain de chasse des installateurs qualifiés.
C’est précisément là que les artisans attendent Qualifelec au tournant : moins sur le contrôle et la paperasse, davantage sur l’accompagnement à la reconversion commerciale de leur activité vers ces marchés porteurs. Une qualification qui reste un gage de sécurité incontestable, mais qui doit désormais prouver qu’elle est aussi un tremplin économique, et pas seulement une ligne de coût tous les quatre ans.
La filière IRVE française a besoin de ses artisans qualifiés. Encore faut-il leur donner de bonnes raisons de le rester.
