Entretien avec Stéphane Bonavent, Syndicat d’énergie de l’Oise
Depuis 2017, le syndicat d’énergie de l’Oise a construit l’un des réseaux de recharge publics les plus étoffés des Hauts-de-France : 180 bornes exploitées en propre, 850 points ouverts au public via le pass itinérance régional « Passe Passe Électrique », et un schéma directeur IRVE qui devrait atteindre ses objectifs 2030 dès 2028. Rencontre avec Stéphane Bonavent, qui pilote les projets ENR et mobilité électrique du syndicat, pour faire le point sur les chantiers en cours : électrification des flottes, démonstrateurs solaires, et les irritants réglementaires qui freinent encore la filière.
Vous avez un projet ?
Un réseau construit depuis 2017
Tesla Mag : Pouvez-vous nous retracer la construction du réseau de recharge du syndicat ?
Stéphane Bonavent : Nous avons lancé notre propre réseau dans l’Oise dès 2017. Aujourd’hui nous exploitons 180 bornes en direct. Mais l’essentiel de notre valeur ajoutée tient au « Passe Passe Électrique », un dispositif qui permet d’avoir un tarif commun sur l’ensemble de la région Hauts-de-France. Il donne accès à 850 bornes ouvertes au public à un tarif préférentiel. Ceux qui n’ont pas la carte paient un tarif non abonné, plus élevé.
En 2022, nous avons mené un recensement complet du territoire, qui a donné naissance à un schéma directeur en 2023, avec un objectif fixé à 2030. L’idée est de développer des stations DC sur des emplacements stratégiques dans les grandes communes, pour proposer de la recharge rapide là où l’offre est encore trop faible. Sur ce point, on trouve aussi des stations Enedis qui viennent compléter le maillage, ainsi que des opérateurs privés : Mobilize, Tesla, et Auchan à Beauvais avec 12 bornes Tesla.
Où en êtes-vous par rapport à cette trajectoire ?
On est au-dessus de ce qu’on avait prévu. On devrait atteindre les objectifs fixés pour 2030 dès 2028.
Savigny : un démonstrateur solaire en accès gratuit
Vous menez actuellement un projet particulier à Savigny. En quoi consiste-t-il ?
C’est un projet avancé, une sorte de démonstrateur. L’idée est de coupler des panneaux solaires à une borne installée sur la salle des fêtes, mutualisée entre trois communes. Plutôt que de revendre l’énergie produite au réseau à 1 centime le kWh, nous avons choisi d’ouvrir cette borne 24h/24 en accès gratuit pour le public, tant que l’énergie vient des panneaux. Un panneau d’affichage indiquera en temps réel la quantité d’énergie disponible, pour que les usagers sachent ce qu’ils peuvent recharger.
C’est une installation en G2, 22 kW AC, sans soutirage sur le réseau : on ne consomme que ce que produisent les panneaux. La mise en service est prévue fin septembre. L’objectif est clairement incitatif : en tant que service public, on cherche à équiper les zones les moins bien desservies, et à pousser la population vers le véhicule électrique.
L’électrification des flottes, syndicat et communes
Le syndicat électrifie-t-il son propre parc automobile ?
Oui, et le calendrier est serré. Nous avons 24 véhicules qui parcourent entre 100 et 300 km par jour. En 2024, notre flotte était encore à 90 % thermique pur. En 2025, nous avons acquis 3 véhicules électriques pour les longues distances, revendu 5 véhicules thermiques et acheté 6 véhicules électriques, en équipant notre site de 6 bornes. Nous visons 30 % d’électrique fin 2026, avec un objectif de 0 % de thermique pur en 2028.
Côté préfecture de l’Oise, une étude a été menée avec Eiffage pour équiper le site : sur 98 véhicules, 4 sont désormais électriques et une dizaine sont hybrides, avec une bascule progressive vers l’électrique, l’hybride rechargeable ou des solutions longue distance.
Et pour les communes ?
Depuis 2025, nous accompagnons l’électrification des flottes communales : conseil sur le choix des véhicules et installation des bornes nécessaires. À Crépy-en-Valois, par exemple, nous avons installé une borne de 60 kW : les agents arrivent en fin de matinée, rechargent pendant la pause déjeuner, et repartent l’après-midi pour 200 à 300 km supplémentaires.
Sur le plan économique, l’argument est simple : le pass itinérance revient à 32 centimes le kWh, contre 1,99 € le litre de gazole. Pour les achats d’électricité dédiés aux bornes communales, nous faisons basculer les communes sur un contrat à 28 centimes, garanti jusqu’en 2028. Et si l’achat d’un véhicule électrique reste plus coûteux à l’acquisition — malgré les aides et primes de conversion — l’entretien représente environ un tiers de celui d’un véhicule thermique, pour 30 à 40 % de frais de fonctionnement en moins.
Le reste à charge des communes a-t-il évolué ?
Oui, sensiblement. Jusqu’en 2024-2025, sur les bornes ouvertes au public, le reste à charge pour les communes urbaines était nul. Aujourd’hui, il est de 75 %, le syndicat participant à hauteur de 25 %. Les frais d’exploitation des stations, eux, continuent de transiter par le réseau Passe Passe.
Le solaire sur le patrimoine public
Vous poussez aussi le déploiement de panneaux photovoltaïques sur les bâtiments publics.
Sur Savigny notamment, nous encourageons l’autoconsommation et posons la question : pourquoi ne pas équiper systématiquement les bâtiments publics de panneaux solaires ? Il faut que le bâtiment s’y prête — on privilégie les constructions neuves plutôt que la rénovation d’une passoire thermique. Pour une commune, l’équation économique est intéressante sur 15 à 20 ans, et peut devenir très rentable au bout de 8 à 10 ans.
Nous accompagnons aussi les entreprises privées qui souhaitent s’équiper, que ce soit en centrales photovoltaïques sur toiture, en ombrières de parking, ou même en bus à hydrogène. Une étude est en cours avec la préfecture pour équiper davantage de bâtiments, et une ancienne base militaire a déjà été reconvertie en centrale photovoltaïque dans le cadre d’un appel à projet.
Une nouvelle technologie de borne
Vous avez inauguré un nouveau modèle de borne début mars.
Oui, le 6 mars, nous avons inauguré une nouvelle technologie appelée Citycharge, développée par la société Nedhal. Sept communes de l’Oise ont déjà demandé à pouvoir l’installer, notamment dans le cadre d’opérations de mise en souterrain des réseaux, en parallèle du remplacement des lampadaires au sodium par des LED. Nous ciblons en priorité des emplacements à proximité des commerces, cafés et restaurants. Le format est du 2×11 kW AC, avec la possibilité de basculer en 22 kW dès qu’une seule des deux prises est utilisée.
Ce qui freine encore la filière
Quelles évolutions réglementaires appelez-vous de vos vœux ?
D’abord, une harmonisation européenne des frais d’itinérance. Aujourd’hui, chaque opérateur applique ses propres surcoûts — frais au temps passé, frais de stationnement au-delà d’un certain délai, etc. Une règle commune, comme il en existe pour les virements bancaires ou l’itinérance téléphonique, permettrait selon nous d’économiser entre 20 et 50 % des frais indirects globaux.
Ensuite, la transparence des prix en temps réel. Sur une borne, l’usager devrait pouvoir voir exactement ce qu’il va payer, comme à la pompe à essence — un totem affichant le prix réel, en somme.
Enfin, sur la fiscalité : l’État doit rester vigilant sur le traitement des avantages en nature liés au véhicule électrique et à la recharge, pour éviter les dérives. Et de façon plus générale, nous plaidons pour une tarification uniforme de la taxation des carburants — fossiles comme renouvelables, y compris l’électricité — qui favorise les énergies produites localement plutôt qu’un système qui avantage artificiellement une source sur une autre.
Propos recueillis par Tesla Mag.
