L’expansion technologique de Tesla en Europe franchit une nouvelle étape symbolique avec l’arrivée des démonstrations de la conduite entièrement autonome, le fameux FSD (Supervised), en Croatie. Si l’annonce peut sembler n’être qu’une simple extension géographique, elle cache en réalité des enjeux techniques, géopolitiques et réglementaires méconnus du grand public.
Voici une analyse approfondie et instructive sur ce déploiement, révélant des informations rares sur les coulisses de la stratégie de Tesla en Europe.
Pourquoi la Croatie ? L’hommage symbolique et stratégique
Le choix de la Croatie pour ces nouveaux « Ride-Alongs » (essais accompagnés) n’est pas seulement commercial. C’est un retour aux sources pour la marque : Nikola Tesla, l’inventeur qui a donné son nom à l’entreprise d’Elon Musk, est né à Smiljan, dans l’actuelle Croatie.
Au-delà de la symbolique, la Croatie offre un terrain d’entraînement unique pour l’IA de Tesla. Contrairement aux autoroutes rectilignes de Californie, le réseau routier croate, particulièrement sur la côte dalmate, est célèbre pour ses virages serrés, ses tunnels fréquents et sa signalisation parfois hétérogène. Pour le réseau neuronal de Tesla, chaque kilomètre parcouru en Croatie permet d’affiner la compréhension des infrastructures européennes complexes.
« Supervised » : Le changement sémantique crucial
Vous aurez remarqué que Tesla n’utilise plus le terme « FSD » seul, mais ajoute systématiquement la mention (Supervised). Ce n’est pas qu’un détail juridique pour se protéger des procès.
En interne, ce changement marque le passage à la version 12 du logiciel. Contrairement aux versions précédentes qui reposaient sur des centaines de milliers de lignes de code informatique (si X arrive, alors fais Y), la version testée en Croatie et dans le reste de l’Europe repose sur un réseau neuronal de bout en bout. Cela signifie que la voiture « apprend » à conduire en regardant des vidéos de conducteurs humains plutôt qu’en suivant des règles écrites. En Croatie, le FSD (Supervised) doit apprendre à interpréter les comportements de conduite méditerranéens, souvent plus imprévisibles que les standards nord-européens.
Le défi des « Corner Cases » européens
Si le FSD est désormais disponible en démonstration en France, en Allemagne, en Italie, au Danemark et en Suisse, son déploiement en Croatie met en lumière un défi rare : la diversité des plaques d’immatriculation et de la signalisation.
En Europe, le FSD doit faire face à :
- Les zones de circulation limitée (ZTL) : Très communes en Italie et de plus en plus en Croatie, elles exigent que l’IA comprenne non seulement les panneaux, mais aussi les horaires et les exceptions locales.
- Les ronds-points complexes : La France est la championne du monde des ronds-points. L’IA de Tesla doit y gérer des priorités que les algorithmes américains ont mis des années à intégrer parfaitement.
- Le relief et la météo : Les routes côtières croates et les cols suisses partagent une problématique : la gestion de la profondeur de champ et de l’adhérence sur des pentes fortes.
La barrière réglementaire : L’UNECE
Beaucoup se demandent pourquoi, si les démonstrations sont possibles, le FSD n’est pas encore activé pour tous les propriétaires européens. La réponse réside dans un acronyme méconnu : l’UNECE (Commission économique des Nations unies pour l’Europe).
Actuellement, le règlement R157 limite strictement les capacités des systèmes de conduite assistée en Europe. Tesla profite de ces événements de démonstration pour collecter des données massives (le « Shadow Mode ») afin de prouver aux régulateurs que son système est statistiquement plus sûr qu’un conducteur humain. La Croatie, en tant que membre récent de la zone Euro et de Schengen, devient un terrain d’expérimentation vital pour harmoniser ces données à l’échelle du continent.
L’infrastructure « Dojo » derrière les essais
Chaque fois qu’un utilisateur effectue un essai FSD à Zagreb, Split ou Paris, les données de « désengagement » (quand l’humain reprend le volant) sont envoyées aux supercalculateurs de Tesla, notamment Dojo.
Peu de gens savent que Tesla utilise une flotte de serveurs pour recréer virtuellement les routes croates. Si une voiture hésite devant un panneau spécifique en Croatie, Dojo va générer des milliers de simulations de cette même situation pour apprendre au logiciel la réaction parfaite. C’est ce qu’on appelle l’apprentissage par renforcement à grande échelle.
L’impact sur le marché de l’occasion
L’arrivée de ces démonstrations en Croatie et leur maintien en France ou en Italie a un effet direct mais invisible sur la valeur résiduelle des véhicules. En activant ces « Ride-Alongs », Tesla prépare le marché à une mise à jour logicielle majeure qui, du jour au lendemain, pourrait transformer des milliers de véhicules déjà sur la route en quasi-taxis autonomes.
Les investisseurs surveillent de près ces déploiements géographiques car ils signalent que Tesla juge son logiciel suffisamment mature pour les routes les plus sinueuses et les plus denses d’Europe, et non plus seulement pour les larges avenues de Phoenix ou Austin.
Comment participer et que surveiller ?
Si vous vous rendez à un événement de démonstration (comme celui proposé sur le lien tesla.com/events/fsd-supervised-ride-along-fr), ne vous contentez pas de regarder le volant bouger. Observez la fluidité des freinages. La grande nouveauté de la version « Supervised » est sa capacité à anticiper les intentions des piétons et des cyclistes, un point particulièrement critique dans les villes touristiques croates ou françaises.
Conclusion : Vers une Europe autonome
L’extension du FSD (Supervised) à la Croatie est le signe que la « toile » de Tesla se resserre sur l’Europe. En incluant des pays aux infrastructures variées (du Danemark ordonné à la Croatie escarpée, en passant par la densité française et italienne), Tesla peaufine une intelligence artificielle universelle.
Le message est clair : la conduite autonome ne sera pas réservée aux autoroutes américaines. Elle s’adapte à la vieille Europe, ses rues pavées, ses ronds-points sans fin et ses routes de montagne. Pour le conducteur européen, l’ère de la « surveillance » active est l’étape ultime avant la liberté totale derrière le volant.
