C’est le feuilleton automobile qui tient l’Europe en haleine : le Tesla Cybertruck, ce monstre d’acier inoxydable au design de film de science-fiction, va-t-il enfin pouvoir circuler légalement de ce côté-ci de l’Atlantique ?
Alors que beaucoup pensaient que les normes de sécurité européennes (UNECE) sonneraient le glas du pick-up d’Elon Musk, des modifications récentes et des homologations spécifiques commencent à changer la donne. Décryptage d’une mutation nécessaire pour conquérir nos routes.
Le défi des normes UNECE : Pourquoi c’était (presque) impossible
Jusqu’à récemment, le Cybertruck était considéré comme « interdit » en Europe pour deux raisons majeures liées aux règlements de la Commission économique pour l’Europe des Nations unies (UNECE) :
- La protection des piétons (Règlement n°127) : Sa carrosserie en acier ultra-dur et ses angles vifs ne permettaient pas l’absorption d’énergie nécessaire en cas d’impact. En Europe, une voiture doit « plier » pour protéger l’usager vulnérable.
- Le poids et le permis : Avec une masse totale autorisée dépassant souvent les 3,5 tonnes, le Cybertruck tombait dans la catégorie des poids lourds (C1), limitant son public.
Les modifications qui changent tout
Pour franchir les barrières réglementaires, une version « modifiée » ou spécifiquement adaptée doit répondre à des critères stricts. Voici comment le Cybertruck se prépare à l’approbation :
1. L’adoucissement des angles
Pour satisfaire aux tests de sécurité, les bords tranchants de l’exosquelette ont subi des ajustements. Certaines versions importées à titre isolé ont déjà vu l’ajout de bordures en caoutchouc haute densité ou de légères modifications de courbure sur les arêtes pour respecter le rayon de courbure minimal de 2,5 mm imposé par l’UE.
2. Le système de freinage et l’éclairage
Les normes UNECE exigent des spécificités sur les feux de signalisation (clignotants orange distincts, réglage de la portée des phares). Le logiciel de Tesla a été mis à jour pour adapter le comportement des barres LED aux exigences locales, tandis que le matériel de freinage a été validé pour les descentes de cols européens, souvent plus exigeantes que les highways américaines.
3. La Cybersécurité (WP.29)
C’est le point où Tesla a pris de l’avance. Les nouvelles réglementations UNECE (R155 et R156) imposent une gestion stricte de la cybersécurité et des mises à jour logicielles (OTA). Le Cybertruck, conçu nativement comme un ordinateur sur roues, a franchi ces étapes de certification avec succès, prouvant sa résilience face aux cyberattaques.
Homologation de série ou « à titre isolé » ?
À l’heure actuelle, deux voies se dessinent :
- La réception à titre isolé (RTI) : Des entreprises spécialisées et des passionnés ont déjà réussi à immatriculer des Cybertrucks modifiés en Allemagne, en République Tchèque et en Autriche. Chaque véhicule est inspecté individuellement.
- L’homologation de série : Tesla travaille sur une version « globale ». Selon les dernières rumeurs industrielles, une version plus légère et légèrement redessinée pourrait voir le jour pour une commercialisation de masse d’ici fin 2025 ou 2026.
Le saviez-vous ? En Europe, le Cybertruck pourrait être bridé à 90 km/h s’il est immatriculé comme un véhicule utilitaire lourd (N2), à moins que Tesla ne parvienne à réduire son poids à vide pour le maintenir sous la barre fatidique des 3,5 tonnes (Permis B).
Conclusion : Un futur électrique et anguleux
Le Tesla Cybertruck n’est plus un mirage pour les Européens. Grâce aux efforts de mise en conformité avec les règlements UNECE, le colosse d’acier commence à montrer patte blanche. S’il ne sera jamais aussi « doux » qu’une Model 3, sa présence sur nos routes est désormais une réalité juridique, pourvu qu’il accepte de « limer ses griffes ».
