Google a transformé 900 millions de dollars en 106 milliards grâce à SpaceX — et l’ironie de l’histoire est totale

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L’IPO de SpaceX vient de cristalliser l’un des paris les plus brillants — et les plus paradoxaux — de l’histoire de la Silicon Valley.


Il y a une histoire que les manuels de stratégie d’entreprise vont étudier pendant les prochaines décennies. Elle se déroule en 2015, elle implique Google, des ballons stratosphériques, des satellites en orbite basse, et se conclut le 12 juin 2026 sur le Nasdaq.

Ce jour-là, SpaceX est entrée en bourse sous le ticker SPCX.

Le prix d’introduction avait été fixé à 135 dollars par action la veille. Dès sa première séance, le titre a ouvert à 150 dollars, clôturé à 160,95 dollars — soit une hausse de 19,2 % — portant la valorisation de l’entreprise au-dessus des 2 000 milliards de dollars.

75 milliards de dollars levés, 1 770 milliards de dollars de valorisation. C’est, sans débat possible, la plus grosse introduction en bourse de l’histoire, réalisée sur le Nasdaq, 2,5 fois le record absolu détenu par Saudi Aramco depuis 2019.

Et quelque part dans les couloirs d’Alphabet, les équipes finance ont dû se pincer.


900 millions de dollars en 2015. 106 milliards aujourd’hui.

Alphabet avait réalisé un investissement de 900 millions de dollars dans SpaceX en 2015, lorsque la société était valorisée à seulement 12 milliards de dollars, obtenant près de 7,5 % du capital.

Au prix de l’IPO, Google en détenait un peu plus de 6 % selon le dernier dépôt auprès de l’État de l’Alaska — une participation diluée au fil des tours de financement, mais dont la valeur absolue reste astronomique.

À une valorisation de 1,5 trillion de dollars — et l’IPO a largement dépassé ce chiffre — la participation de Google représentait environ 111 milliards de dollars, soit un retour de plus de 12 000 % sur l’investissement initial.

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Sur un investissement de 900 millions, Google s’est retrouvée avec une ligne de portefeuille valant plus de 100 milliards. Même Apple, même Warren Buffett n’ont pas souvent vu ça.

Mais voilà où l’histoire devient vraiment fascinante.


En 2015, Google avait son propre Starlink. Il s’appelait Loon.

La même année où les équipes d’Alphabet signaient le chèque de 900 millions pour SpaceX, elles finançaient un projet interne dont l’ambition était exactement identique : couvrir les zones blanches de la planète avec une connectivité internet depuis le ciel.

Présenté en 2013, le projet Loon était l’un des plus ambitieux de « X », le centre de recherche de Google. Son objectif était d’offrir une connexion internet au monde entier, en utilisant d’immenses ballons placés dans la stratosphère.

Lancé en 2011, le ballon Loon d’Alphabet promettait la généralisation de ces dispositifs, mais le maintien en position au-dessus d’une zone donnée, la résistance au vent, la logistique de lancement et de récupération avaient rendu le modèle trop cher par rapport à des réseaux satellitaires qui étaient déjà largement industrialisés.

En 2015, Loon et SpaceX/Starlink poursuivaient donc le même objectif : connecter l’humanité depuis les airs. L’un via des ballons à hélium dans la stratosphère. L’autre via des milliers de petits satellites en orbite basse.

Google misait sur ses propres ballons. Et plaçait quand même 900 millions chez son concurrent.


Loon abandonne. Starlink domine.

En janvier 2021, après 8 années d’expérimentation et faute de rentabilité, la société mère de Google, Alphabet, a mis fin aux activités de sa filiale Loon, qui entendait connecter à Internet des zones reculées au moyen de ballons à hélium.

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Si la rentabilité explique en partie les raisons de l’abandon du projet Loon, le développement de la concurrence a été un autre facteur. Les constellations de satellites développées par Amazon via le programme Kuiper ou par SpaceX avec Starlink étaient probablement la bonne solution pour couvrir les zones blanches.

Starlink, justement. La constellation que Google avait contribué à financer onze ans plus tôt.

En 2025, SpaceX contrôlait plus de 80 % du marché mondial des lancements orbitaux. Starlink est devenu le seul segment rentable de SpaceX, le pilier financier qui a rendu l’IPO possible.

La boucle est bouclée d’une façon que personne n’aurait pu scénariser en 2015.


Ce que cette histoire révèle sur la stratégie réelle des géants tech

Il serait tentant de lire cette séquence comme un coup de génie prémonitoire. Ce serait probablement réducteur.

En 2015, Google n’investissait pas dans SpaceX parce qu’il savait que Loon échouerait. Il investissait dans les deux parce qu’il ne savait pas lequel des deux modèles gagnerait — et qu’il avait les moyens d’en financer plusieurs simultanément.

C’est précisément ça, la leçon stratégique de l’affaire.

Les géants de la tech ne choisissent pas. Ils diversifient leurs paris sur des marchés qu’ils jugent structurellement importants, quitte à financer des projets en apparence contradictoires. Google construisait Loon et finançait l’alternative qui allait le tuer. Amazon développait Alexa et investissait dans des startups d’IA conversationnelle concurrentes. Microsoft misait sur Bing et devenait le premier investisseur d’OpenAI.

Dans ce cadre, perdre un projet interne n’est pas un échec. C’est parfois la validation que le bon cheval était celui qu’on avait financé à l’extérieur.


Google a aussi signé avec SpaceX un contrat à 920 millions de dollars par mois

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L’histoire ne s’arrête pas à la plus-value boursière.

Le 5 juin 2026, quelques jours avant l’IPO, SpaceX a révélé avoir signé un accord de services cloud de trois ans avec Google LLC. Google s’est engagé à payer 920 millions de dollars par mois pour renforcer les capacités de calcul de SpaceX dans ses diverses opérations, y compris son unité d’intelligence artificielle xAI.

Soit environ 11 milliards de dollars par an. Versés à une entreprise dans laquelle Google est actionnaire.

La relation entre Alphabet et SpaceX est donc désormais triple : actionnaire historique, client cloud massif, et bénéficiaire de la dynamique Starlink qui alimente la valorisation de sa participation.


Le meilleur investissement de l’histoire de Google

Le principal bénéficiaire discret de cette IPO est Alphabet lui-même. Google avait déboursé environ 900 millions de dollars pour sa participation dans SpaceX en 2015. Cette mise vaut aujourd’hui plus de 100 milliards.

Pour mettre ça en perspective : le rachat de YouTube en 2006 avait coûté 1,65 milliard à Google. C’était alors considéré comme le pari fou de l’année. La participation dans SpaceX a coûté deux fois moins cher et généré des retours comparables sur le papier — en finançant non pas une plateforme vidéo, mais la constellation qui domine l’internet orbital mondial.

Loon est mort. Starlink règne. Et Google a gagné sur les deux tableaux.

C’est peut-être ça, la définition d’une vraie stratégie de portefeuille : ne pas avoir raison sur tout, mais s’assurer que quand le marché a raison à ta place, tu y étais quand même.


Tesla Mag suit de près l’actualité SpaceX et l’IPO SPCX depuis son lancement. Retrouvez nos analyses sur les implications de l’entrée en bourse de SpaceX pour l’écosystème tech et spatial.

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