D’après les statistiques, la Peugeot e-208 arrive deuxième des immatriculations des véhicules électriques sur la période de janvier à mai 2020. Nous avons alors eu l’occasion d’échanger avec Sylvain Chéreau, chef de produits véhicules électriques de PSA afin d’évoquer leur stratégie sur les véhicules électriques. Voici ces informations exclusives : 

Tesla Mag : J’ai besoin de comprendre la direction que prend Peugeot dans l’électrique. A travers ce modèle (la Peugeot e-208) est-ce que cela va ouvrir la voie à d’autres modèles qui tireront du même principe ? Est-ce un virage, une nouvelle ambition ou un modèle vitrine comme a pu le faire Renault avec la Zoé pour dire que vous avez un modèle 100% électrique ?

Sylvain Chereau : Nous sommes dans une logique de transition énergétique, ce n’est donc pas une vitrine. Nous y croyons. Nous nous sommes vraiment concentrés sur les possibles acheteurs de ce véhicule. La e-208 appartient au segment B, segment très varié, qui correspond à de multiples usages. Il y a des clients qui vont faire très peu de kilomètres, moins de 5000 par an, et de très courts trajets et certains qui vont s’en servir comme véhicule de société en utilisant les autoroutes et en faisant 20 à 30000 km par an. Nous n’avons pas voulu couvrir la totalité de ces usages. Nous nous sommes fixés comme ambition de couvrir une vingtaine de pourcents des clients. Le client ne s’y retrouve pas économiquement pour ceux qui font le moins de kilomètres tout comme ceux qui font de l’autoroute et 500 km toutes les semaines. C’est comme cela que nous avons imaginé les grandeurs principales, notamment sur l’autonomie. Il fallait avoir une autonomie qui permette de répondre aux usages quotidiens de manière très sereine, mais pas trop importante pour limiter le prix et le poids du véhicule. Nous avons tout de même attaché beaucoup d’importance aux usages exceptionnels. En effet, quand le client veut faire 100 km par jour, le véhicule est adapté mais nous voulons également que cela ne l’empêche pas de partir en vacances. Donc, en plus de l’habitabilité qui le permet, comme la 208 thermique, nous avons apportés beaucoup d’attention à la recharge rapide. En effet, le véhicule est compatible aux bornes de recharge de 100 kW et de manière répétable, grâce à la batterie refroidie par eau. Pour s’assurer de cela nous avons effectués des tests où les phases de charge rapide et de roulage à vitesse maximale s’enchaînent. Nous faisons cela pour répondre aux besoins exceptionnels qui deviendront, dans le futur, plus fréquents. Nous nous sommes projetés dans cet usage et dans un mode où les chargeurs rapides, de plus de 100 kW vont devenir la norme, ce qui n’était pas le cas au début de notre réflexion il y a 3 ans.

Votre leitmotiv est de ne pas faire un véhicule d’une autonomie de 500km qui répondrait aux besoins d’une personne faisant beaucoup de route tous les jours, est-ce que cela veut dire que Peugeot pense que le véhicule électrique n’est pas fait pour ça ? 

En étant positionnée dans le segment B, la e-208 n’a pas besoin des 500 km car la majorité de ceux de ce segment ne font pas beaucoup de route tous les jours. Mais, pour d’autres véhicules de segments supérieurs, c’est effectivement des valeurs que l’on cible. Par exemple, pour le 3008, c’est un véhicule qui est amené à faire de plus longs trajets, et donc une autonomie de 500km fait sens.

Concernant le point du rechargement, le constructeur doit-il s’investir dans le rechargement ou doit-il laisser les pouvoirs publics et les acteurs externes travailler sur ce sujet ?

La position est très claire pour Peugeot et les autres marques du groupe. Nous estimons que ce n’est pas au constructeur d’investir dans le réseau de charge, comme Tesla l’a fait. Nous n’avons jamais investi dans des stations essence donc cela vaut aussi pour les stations de charge. Notre mission est de travailler pour que nos véhicules soient compatibles de la totalité des chargeurs. Ce n’est pas un travail facile, car même s’il y a des normes et un standard, vu le nombre de bornes et d’acteurs, certains petits détails font qu’il n’est pas simple d’être compatibles à tous. Nous avons sillonné l’Europe pour couvrir de façon exhaustive les bornes pour s’assurer que le client puisse charger son véhicule partout. Concernant les badges, avec notre marque de mobilité Free2Move, nous proposons à nos clients un service de recharge et une application qui permet à nos clients de profiter de 170 000 points de charge sur les 200 000 existants en Europe. Et sur les points de recharge rapide, la couverture dépasse les 95%. Nous n’investissons pas dans les systèmes de recharge car cela nécessite énormément d’argent et c’est un marché qui bouge très rapidement. Nous préférons laisser ceux qui ont vraiment l’argent investir sur ces systèmes de charge et nous concentrer sur les investissements rentables pour nous et qui profitent réellement à nos clients.

Cependant, nous sommes dépendants des fournisseurs et nous sommes en discussions avec les acteurs et les pouvoirs publics pour régler les problèmes, afin d’atteindre le niveau des Pays-Bas ou de la Norvège.

Nous pensons que c’est aux états de prendre le sujet en main car il y a des complexités techniques à la vue de la puissance engagée pour installer les stations de recharge. Il faut être proche des réseaux haute tension qui sont de responsabilité étatique. Le système a besoin d’être centralisé et piloté et l’état doit accompagner les acteurs privés qui investissent. Par exemple, depuis le début de l’année, le marché électrique s’accélère, notamment grâce aux subventions de l’état.

Concernant la e-208, ciblez-vous l’international, l’Europe ?

Nous ciblons bien sûr l’Europe mais également l’international, notamment le Japon et la Corée où les lancements sont en cours. En Chine, la 2008 y est produite donc elle sera également commercialisée. Nous regardons en fonction de nos relais locaux et des opportunités car nous sommes compatibles aux bornes de recharge partout dans le monde. La e-208 est déjà commercialisée dans toute l’Europe.

Le système de distribution est en cours de changement, la vente en ligne se développe. L’électrique a-t-il été un moyen pour vous de pousser vers ce changement de moyen de distribution ?

Ce n’est pas forcément le déclencheur mais cela a du sens car l’électrique cible aussi des clients technophiles donc ne pas proposer un parcours 100% digital peut être un frein. C’est donc pour cela que l’on travaille dessus. De plus, en vendant un véhicule électrique nous vendons également les moyens de recharge. La proposition de moyens de recharge adaptés aux besoins du client peut également se faire de façon 100% digital. Il est important pour nous que le client puisse basculer du digital au physique sans problème. Il peut, par exemple découvrir l’offre sur Internet, et commencer à le configurer pour le finaliser en physique. 

Enfin, nous avons également eu un travail de formation du réseau au monde électrique, des véhicules et services proposés car une grande part de la population n’est pas à l’aise avec le système de batteries, de recharge, de kiloWatt… Notre but est que nos clients profitent au maximum de leur véhicule électrique sans peur. C’est pourquoi  il y a un bouton qui appelle directement l’assistance et que notre assistance est formée pour y répondre.

Lorsque l’on parle de véhicules électriques, la question de l’autonomie revient souvent, qu’en pensez-vous?

Il ne faut pas réduire le véhicule électrique à son autonomie et sa consommation, même si ce sont des éléments importants. Il faut arriver à expliquer au client que l’autonomie n’est pas un problème. En effet, nous analysons les trajets de toutes nos voitures et nous voyons que pour la moyenne, les utilisateurs roulent 50km par jour et que ceux qui roulent plus de 300km sont très peu. Un véhicule électrique, même sans une très grande autonomie peut donc leur convenir. Les clients peuvent également se focaliser sur leurs trajets exceptionnels de vacances alors que cela ne représente qu’une toute petite partie de leur utilisation. Grâce, par exemple, à notre simulateur sur le site, nous voulons leur montrer que l’autonomie n’est pas un problème et qu’elle peut répondre à leurs besoins.

Merci pour votre temps et vos explications sur la stratégie de Peugeot à propos de l’électrification des véhicules.

Merci à vous.

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One thought on “Interview de Sylvain Chereau, chef de produits véhicules électriques de PSA

  1. Très intéressant, merci pour cette interview.
    Concernant les points de recharges, je pense que les constructeurs pourront faire bouger les choses plus vite que les états. Tesla est dans le juste.

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