Longtemps cantonné aux hangars agricoles, aux ombrières de parking et aux grandes toitures industrielles, le photovoltaïque s’invite désormais massivement sur un patrimoine bâti que l’on associe rarement à la production d’énergie : les collèges. Portée par les Départements, compétents en matière de gestion de ces établissements, une nouvelle génération de programmes de solarisation à grande échelle voit le jour partout en France. Indre-et-Loire, Bouches-du-Rhône, Puy-de-Dôme : ces collectivités ont toutes lancé, ces dernières années, des projets de plusieurs millions d’euros pour couvrir les toits de leurs collèges de panneaux solaires. Décryptage d’un mouvement de fond, appelé à s’accélérer d’ici 2028.
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Pourquoi les collèges deviennent un gisement solaire stratégique
Les collèges publics représentent un actif immobilier considérable pour les Départements français : plusieurs centaines de milliers de mètres carrés de toitures, souvent orientées de manière favorable, rarement ombragées, et raccordées à un réseau électrique déjà dimensionné pour des bâtiments recevant du public. Ce foncier disponible en toiture, jusqu’ici largement sous-exploité, coche plusieurs cases qui en font une cible privilégiée pour les développeurs solaires :
- des surfaces de toiture importantes et homogènes, propices à des installations de plusieurs centaines de kWc par site ;
- une consommation électrique diurne significative (chauffage, restauration scolaire, informatique, éclairage), qui permet de développer des projets en autoconsommation collective plutôt qu’en simple revente au réseau ;
- un patrimoine dont l’état est bien connu de la collectivité propriétaire, ce qui facilite les diagnostics techniques préalables ;
- une dimension pédagogique valorisable auprès des élèves, des enseignants et des parents, sur les enjeux de la transition énergétique.
À cela s’ajoute un cadre réglementaire de plus en plus contraignant : l’obligation de solarisation des bâtiments existants, prévue à partir du 1er janvier 2028, pousse les collectivités à anticiper plutôt qu’à subir cette échéance. Beaucoup de Départements ont donc lancé, dès le début des années 2020, des Appels à Manifestations d’Intérêt (AMI) pour sélectionner un opérateur privé chargé de financer, concevoir, installer et exploiter ces centrales sur la durée.
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Le modèle économique : le tiers-investissement plutôt que l’investissement direct
Dans l’immense majorité des cas, les Départements ne financent pas eux-mêmes les installations. Ils mettent à disposition leurs toitures via une Autorisation d’Occupation Temporaire (AOT) du domaine public, généralement sur une durée de 20 à 25 ans, et confient à un opérateur privé le soin de :
- financer intégralement les travaux d’installation, et souvent la rénovation préalable de la toiture ;
- concevoir et réaliser les centrales photovoltaïques ;
- les exploiter et les maintenir pendant toute la durée du contrat ;
- reverser une redevance d’occupation à la collectivité, et/ou lui céder une partie de l’électricité produite à un tarif préférentiel via l’autoconsommation collective.
Ce montage en tiers-investissement présente un double avantage : il ne pèse pas sur le budget d’investissement du Département, et il transfère le risque technique et le risque d’exploitation vers un acteur spécialisé, rémunéré sur la durée par la vente d’électricité. C’est ce modèle qui a été retenu, avec des variantes, dans les trois exemples les plus significatifs actuellement en cours de déploiement en France.
Indre-et-Loire : 32 collèges et 6 MWc pour un investissement de 9 millions d’euros
Le Département d’Indre-et-Loire a lancé dès 2020 un Appel à Manifestations d’Intérêt destiné à sélectionner un opérateur pour développer, financer et exploiter des centrales photovoltaïques sur les toitures de ses établissements scolaires. Le projet retenu porte sur 32 collèges du territoire, pour une puissance totale installée de 6 MWc, représentant un investissement de 9 millions d’euros.
Une fois l’ensemble du programme opérationnel, la production annuelle attendue est de 5 700 MWh, soit l’équivalent de la consommation électrique d’environ 1 200 foyers français. L’une des premières centrales du programme vient d’être inaugurée sur le toit du collège Beaulieu, à Joué-lès-Tours, en présence de Nadège Arnault, Présidente du Conseil départemental, et d’Alain Anceau, Vice-Président en charge de la transition énergétique.
Pour la collectivité, l’enjeu dépasse la seule production d’électricité verte : il s’agit de valoriser un patrimoine public existant, de réduire l’empreinte environnementale du territoire, et de donner aux collèges une dimension supplémentaire d’équipements engagés dans les enjeux énergétiques contemporains, avec un volet pédagogique implicite pour les collégiens qui côtoient ces installations au quotidien.
Bouches-du-Rhône : 39 collèges et 7,7 MWc avec Solarhona, filiale de la CNR
Dans les Bouches-du-Rhône, c’est un montage comparable qui a été retenu, avec un partenaire différent. Le Département a signé au printemps 2024 une convention avec Solarhona, filiale de la Compagnie Nationale du Rhône (CNR), pour la solarisation de 39 collèges, représentant une puissance totale de 7,7 MWc, soit l’équivalent de la consommation électrique d’environ 4 400 habitants.
Le projet comprend, comme en Indre-et-Loire, une phase préalable de rénovation des toitures : 25 des 39 établissements nécessitaient des travaux d’étanchéité et d’isolation avant de pouvoir accueillir des panneaux solaires. Le Département a profité de ces chantiers pour améliorer les performances énergétiques globales des bâtiments, avec un double bénéfice attendu : moins de pertes de chaleur en hiver, et moins de surchauffe en été grâce à des revêtements clairs. Les premières centrales ont commencé à être installées dès 2024, pour une mise en service progressive jusqu’en 2026, avec un objectif de couvrir à terme environ 40 % de la consommation électrique de l’ensemble des collèges du département.
Puy-de-Dôme : une société dédiée pour piloter la solarisation des collèges
Le Puy-de-Dôme a choisi une approche différente, en créant une structure ad hoc : la SAS Horizon 1465, inaugurée en mars 2025, associant le Département à plusieurs partenaires publics et privés locaux. Cette société est spécifiquement dédiée à l’installation de centrales photovoltaïques sur les toitures des collèges publics du territoire, qui représentent un potentiel exploitable estimé à 151 000 m² de toiture.
Ce choix d’une gouvernance partagée, plutôt que la sélection d’un opérateur unique via appel d’offres classique, illustre la diversité des montages juridiques et financiers que les collectivités peuvent mobiliser pour ce type de projet, entre convention d’occupation temporaire avec un développeur privé, société de projet dédiée, ou encore contrat de performance énergétique global.
Trois territoires, trois modèles, une même dynamique
| Département | Nombre de collèges | Puissance installée | Opérateur / véhicule juridique | Année de lancement |
|---|---|---|---|---|
| Indre-et-Loire | 32 | 6 MWc | Opérateur privé (AMI 2020) | 2020 |
| Bouches-du-Rhône | 39 | 7,7 MWc | Solarhona (filiale CNR) | 2024 |
| Puy-de-Dôme | Multiples sites (151 000 m² de potentiel) | En cours de déploiement | SAS Horizon 1465 (société dédiée) | 2025 |
Ce tableau comparatif illustre un point important : il n’existe pas un modèle unique de solarisation des collèges, mais bien une palette de montages contractuels que chaque Département adapte à son contexte local, à la maturité de son patrimoine bâti et à ses priorités politiques. Certains privilégient un opérateur national déjà expérimenté sur ce type d’actifs, comme Solarhona pour la CNR, d’autres préfèrent structurer une gouvernance locale associant davantage d’acteurs du territoire.
Quels bénéfices concrets pour les collectivités et les usagers ?
Au-delà des chiffres de puissance installée, ces programmes de solarisation des collèges poursuivent plusieurs objectifs convergents :
Réduction de la facture énergétique des collectivités. En consommant directement une partie de l’électricité produite sur site, via l’autoconsommation collective, les Départements réduisent leur dépendance aux fournisseurs d’électricité classiques et lissent une partie de leur budget de fonctionnement, dans un contexte de volatilité des prix de l’énergie.
Rénovation induite du patrimoine bâti. Les diagnostics préalables à l’installation des panneaux solaires conduisent souvent à des travaux de rénovation des toitures elles-mêmes : étanchéité, isolation, parfois désamiantage. Ces travaux, indispensables pour accueillir une centrale photovoltaïque dans de bonnes conditions, améliorent au passage la performance énergétique globale des bâtiments et le confort thermique des élèves, notamment lors des épisodes de forte chaleur.
Valorisation pédagogique. Plusieurs Départements, dont les Bouches-du-Rhône, revendiquent explicitement une dimension de sensibilisation des collégiens aux enjeux des énergies renouvelables, certains projets intégrant des écrans pédagogiques affichant la production en temps réel, voire des séquences d’enseignement dédiées.
Anticipation réglementaire. L’obligation de solarisation des bâtiments existants à partir de janvier 2028 rend ces investissements d’autant plus stratégiques : les Départements qui ont lancé leurs programmes dès 2020-2024 arriveront à l’échéance réglementaire avec un patrimoine déjà largement équipé, contrairement à ceux qui n’auront pas anticipé le mouvement.
Quels critères pour choisir un opérateur solaire sur du patrimoine public ?
Pour les Départements qui envisagent de lancer leur propre programme, plusieurs critères ressortent des expériences déjà menées :
- la solidité financière et technique de l’opérateur, en particulier sa capacité à financer intégralement l’investissement sans mobiliser le budget de la collectivité ;
- les garanties d’exploitation et de maintenance proposées sur toute la durée du contrat, généralement 20 à 25 ans ;
- le prix de rachat de l’électricité en autoconsommation collective, qui détermine le niveau d’économies réalisées par la collectivité et les usagers ;
- l’ancrage local de l’opérateur, un critère de plus en plus valorisé dans les appels d’offres publics, notamment lorsque le montage repose sur une société de projet dédiée associant des partenaires du territoire ;
- la capacité à intégrer une dimension pédagogique et de sensibilisation, particulièrement pertinente pour des bâtiments accueillant plusieurs milliers de collégiens.
Un mouvement appelé à s’amplifier d’ici 2028
Les trois exemples détaillés dans cet article, l’Indre-et-Loire, les Bouches-du-Rhône et le Puy-de-Dôme, ne sont probablement que les premiers d’une longue série. À mesure que l’échéance réglementaire de 2028 se rapproche, d’autres Départements devraient lancer à leur tour des appels à projets pour solariser leur patrimoine scolaire, avec des montages qui s’inspireront vraisemblablement de ces expériences pionnières.
Pour les professionnels du secteur solaire, IRVE et de la transition énergétique, ce segment du marché public territorial constitue un relais de croissance significatif dans les années à venir, à mesure que les collectivités locales, contraintes par la réglementation et incitées par la baisse des coûts de l’énergie solaire, transforment progressivement leur patrimoine bâti en infrastructure de production d’électricité verte.
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