Transition énergétique : quel est le bilan des bornes de recharge et du solaire en grande surface ?

Avec ses immenses parkings et ses toitures à perte de vue, la grande distribution est devenue, presque sans le vouloir, l’un des moteurs clés de la transition énergétique en France. Les enseignes disposent d’un terrain de jeu idéal pour installer des bornes de recharge et des panneaux solaires. Mais concrètement, qui met la main à la poche et à quelle échelle ? Petit tour d’horizon de la situation cet été.

Lidl France : le poids lourd du réseau et de nouveaux investissements

Présent en force lors de la réunion de « l’équipe de France de l’électricité » à l’Élysée fin mai, Lidl France a profité de l’occasion pour dévoiler un nouveau plan d’ensemble. L’enseigne s’impose déjà comme le leader incontesté en matière de recharge, avec plus de 5 500 bornes déployées à travers 1 000 magasins.

Le programme annoncé pour l’année comprend notamment :

  • 5 millions d’euros dédiés à l’équipement des nouveaux supermarchés.
  • 8 millions d’euros pour moderniser progressivement les sites qui n’en ont pas encore.
  • La prolongation jusqu’au 31 juillet d’un tarif de recharge rapide ultra-compétitif via l’application Lidl Plus, fixé à 0,29 €/kWh (contre 0,39 €/kWh en tarif standard).
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Au total, ces 13,5 millions d’euros supplémentaires portent l’investissement global de l’enseigne à 81 millions d’euros depuis ses débuts dans ce domaine. Côté solaire, Lidl rajoute 26 millions d’euros pour équiper ses toitures et ombrières (atteignant 100 millions cumulés), tout en électrifiant une grande partie de sa flotte professionnelle. En tout, ce sont plus de 65 millions d’euros qui sont injectés rien que cette année.

Carrefour : adieu la gratuité et déploiement en cours

De son côté, Carrefour Energies gère plus de 550 stations en France, avec l’objectif d’atteindre plus de 800 stations et 5 000 places de stationnement équipées. Le réseau reste donc pour l’instant bien plus discret que celui de Lidl.

Côté portefeuille, les habitudes ont changé : depuis le 1ᵉʳ avril, la gratuité des bornes sur les parkings Carrefour appartient au passé. L’heure offerte aux fidèles de l’enseigne a été remplacée par une remise de 10 % pour les porteurs de la carte Club, tandis que seuls les clients disposant de la carte Pass (payante) gardent une heure de recharge offerte sur les bornes 22 kW. Une décision qui montre clairement un virage vers la rentabilisation des installations.

E.Leclerc : le pari du low-cost, un parc qui grandit

Lancée au début de l’année, l’offre « Charge E-Lec » applique la fameuse formule des prix coûtants de l’essence au domaine de l’électricité. Fin janvier, le réseau comptait déjà plus de 3 000 points de recharge, principalement sur les parkings des centres commerciaux, sans oublier l’ambition d’atteindre 10 000 bornes d’ici 2035.

L’enseigne a frappé un grand coup en juillet en affichant un tarif agressif à 0,19 €/kWh, le plaçant parmi les moins chers du marché. Attention toutefois : ce tarif s’applique uniquement aux bornes de 22 kW, ce qui le destine plutôt aux courses du quotidien qu’aux grands trajets routiers.

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Intermarché : la carte de la sous-traitance

Intermarché a fait un choix radicalement différent en s’associant à des experts du secteur comme Octopus Energy et Eranovum. Avec ce dernier, le principe du tiers-investissement est roi : l’entreprise partenaire finance l’intégralité des installations, s’occupe de la maintenance et ne coûte rien aux magasins.

Le partenariat vise environ 500 bornes d’ici la fin de l’année et un total de 3 500 points d’ici 2028, pour une enveloppe globale d’environ 100 millions d’euros. Le bonus ? Les sites intègrent aussi des ombrières solaires et des batteries de stockage pour maximiser l’autonomie énergétique.

Auchan : l’union fait la force avec un grand consortium

Plutôt que d’y aller en solo, Auchan a choisi de s’associer avec Decathlon, Leroy Merlin et Voltalia (via la marque Yusco). Le projet regroupe plus de 350 parkings à travers le pays pour un potentiel d’environ 5 000 points de recharge d’ici 2028, commercialisés sous la bannière commune « Le Plein ».

En résumé : ce que nous disent les chiffres

EnseigneBornes déployéesObjectif principalInvestissementsPhotovoltaïqueTarif de recharge rapide
Lidl5 500+ (1 000 sites)Équiper l’ensemble du réseau81 M€ cumulés126 M€ cumulés0,29 €/kWh (Lidl Plus)
Carrefour550+ stations800 stations / 5 000 placesNon communiquéNon communiquéPayant (remises fidélité)
E.Leclerc3 000+ points10 000 bornes d’ici 2035Non communiquéNon communiqué0,19 €/kWh (bornes 22 kW)
Intermarché~500 bornes (fin 2026)3 500 points fin 2028~100 M€ (partenariat)Ombrières + stockageVariable selon l’opérateur
AuchanEn déploiement~5 000 points sur 350 parkingsNon communiquéNon communiquéVariable (Yusco/Voltalia)

Ce qu’il faut retenir de cette transition

Trois grandes tendances se profilent :

  1. Lidl garde une longueur d’avance en étant le seul acteur à afficher un maillage déjà massif et un budget global détaillé englobant à la fois la route, le solaire et les flottes internes. Les autres enseignes jouent pour la plupart la carte des objectifs à long terme.
  2. Deux philosophies s’affrontent : d’un côté, ceux qui gèrent tout en interne (Lidl, Carrefour, Leclerc) pour maîtriser l’expérience client et les prix ; de l’autre, ceux qui confient les clés à des spécialistes (Intermarché, Auchan) pour limiter les dépenses de capital, au risque de dépendre d’un partenaire externe.
  3. La guerre des prix est lancée, mais elle reste nuancée. Si Leclerc casse les prix, c’est sur des bornes lentes, tandis que Lidl maintient des tarifs attractifs sur de la recharge rapide. Du côté de Carrefour, la fin de la gratuité marque la fin d’une époque.
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Entre les nouvelles obligations légales sur l’ombrage des parkings et la volonté de verdir leur image, les enseignes qui sauront transformer ces contraintes en véritables mini-centrales de production énergétique auront tout gagné.

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