La flambée des prix de l’énergie depuis 2022 a rebattu les cartes pour les professionnels français. Beaucoup d’entreprises et de copropriétés se retrouvent aujourd’hui avec des contrats signés avant le Covid, devenus inadaptés au contexte actuel — sans toujours savoir qu’il est possible d’agir avant l’échéance. Éclairage sur les mécanismes de l’optimisation énergétique avec Steve Sainsorny, qui accompagne des professionnels sur ces sujets au sein d’ECS Énergie, dans le cadre de l’Alliance des Énergies.
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Un marché où le réflexe reste le changement de fournisseur
Quand on évoque le courtage en énergie, le réflexe du grand public — et de beaucoup d’entreprises — est de penser « changement de fournisseur ». C’est en effet le modèle dominant : un courtier compare les offres du marché et fait basculer le client vers le fournisseur le moins cher au moment T.
Steve Sainsorny revendique une approche différente, centrée sur la renégociation du contrat existant plutôt que sur le changement systématique. « L’objectif, ce n’est pas de changer pour changer », résume-t-il. Un positionnement qui interroge nécessairement : la renégociation profite-t-elle réellement autant au client qu’un changement pur et simple ? Selon lui, l’intérêt dépend surtout de ce qui est réellement mal calibré dans le contrat — ce qui n’est pas toujours le fournisseur en cause.
Trois postes à examiner : abonnement, prix du kWh, puissance souscrite
Un contrat d’électricité ou de gaz professionnel repose sur trois briques distinctes : un abonnement fixe, un tarif au kilowattheure, et une puissance souscrite qui détermine le coût d’acheminement du réseau. Chacune de ces briques peut, en théorie, faire l’objet d’un ajustement — indépendamment d’un changement de fournisseur.
C’est ce dernier point, la puissance souscrite, qui reste le plus souvent négligé. De nombreux professionnels reconduisent leur contrat d’année en année sans jamais vérifier si la puissance souscrite correspond encore à leur consommation réelle — un paramètre qui évolue pourtant avec l’activité, les équipements ou les travaux réalisés au fil du temps.
Un cas concret, à prendre avec ses limites
Steve Sainsorny cite l’exemple d’une boulangerie installée depuis quinze ans dans les mêmes locaux, dont la puissance souscrite n’avait jamais été réajustée. Un simple changement de ce paramètre technique lui aurait permis d’économiser 8 000 €, sans toucher au prix de l’énergie ni changer de fournisseur.
Ce chiffre, avancé par l’intéressé lui-même, illustre un potentiel d’économie plutôt qu’une moyenne généralisable : chaque situation dépend de l’ancienneté du contrat, du secteur d’activité et du profil de consommation. Il reste que l’écart entre puissance souscrite et consommation réelle est un point de vigilance peu documenté auprès des professionnels, en particulier les petites structures.
Une fenêtre qui n’est pas limitée à l’hiver, mais que l’échéance contractuelle impose parfois
Contrairement à une idée reçue, un contrat d’énergie peut en théorie être renégocié à tout moment. Dans les faits, une partie du travail se concentre en hiver, période où de nombreux contrats professionnels arrivent à échéance en fin d’année — ce qui contraint les entreprises concernées à statuer, faute de choix.
Une partie de ces contrats a été signée avant 2020, sur des bases tarifaires aujourd’hui décorrélées du marché, sous l’effet conjugué de la sortie de crise sanitaire et des tensions géopolitiques qui pèsent depuis 2022 sur les prix de l’énergie en Europe.
Un public spécifique : syndics et petit tertiaire
L’activité décrite ici cible en particulier les syndics de copropriété et les structures de petit tertiaire — des profils qui disposent rarement d’un service dédié au suivi de leurs contrats d’énergie, contrairement aux grands comptes qui négocient ces sujets en interne ou via des cabinets spécialisés.
Des partenariats avec d’autres métiers de la filière
Steve Sainsorny indique construire des partenariats avec des professionnels complémentaires — chauffagistes, experts-comptables, installateurs de panneaux photovoltaïques — sur un principe de répartition des rôles : il se concentre sur l’achat d’énergie et l’optimisation du réseau, et redirige vers ces partenaires les besoins qui sortent de son périmètre (installation solaire, par exemple), plutôt que de chercher à répondre à toutes les demandes.
CEE et CSPE : des dispositifs peu connus, sous conditions
Deux dispositifs réglementaires sont également évoqués : les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) et la Contribution au Service Public de l’Électricité (CSPE), dont l’éligibilité dépend notamment du code NAF de l’entreprise. Le mécanisme de la CSPE a changé de forme au fil du temps : d’un versement direct, il est devenu un report de TVA. Un client aurait ainsi récupéré 9 000 € à ce titre — un montant qui, comme pour l’exemple de la puissance souscrite, dépend étroitement du profil de l’entreprise concernée et ne constitue pas une garantie généralisable.
Il convient de noter que l’éligibilité réelle à ces dispositifs suppose une vérification au cas par cas, ces mécanismes étant régulièrement ajustés par la réglementation.
Mise en service de bornes de recharge
En complément, Steve Sainsorny intervient sur la mise en service de bornes de recharge pour véhicules électriques, un volet technique qui s’ajoute à l’accompagnement sur les contrats d’énergie.
Au-delà du cas individuel, ces éléments posent une question plus large pour les professionnels : celle du suivi régulier de leurs contrats d’énergie, souvent relégué au second plan faute de temps ou d’information — alors même que des ajustements techniques, indépendants du prix du marché, peuvent représenter des économies substantielles.
