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Essence et électricité, pourquoi les prix augmentent?

Depuis plusieurs semaines, on nous rabâche les oreilles avec l’augmentation du prix de l’essence, du gazole, du gaz et même de l’électricité. A raison puisque le prix de l'énergie est une question centrale pour les français. Si ce coût augmente, alors tout ce que nous faisons dans notre quotidien n’a plus le même prix. Aller au travail, faire ses courses ou à manger, chauffer son domicile, … tous ces actes quotidiens coûtent plus cher. Le salaire ne suivant pas, cela pose in fine la question de la baisse du pouvoir d’achat. 

Vous voyez l’essence à 2€ et vous n’arrivez pas à l’accepter? Vous voyez que malgré nos centrales nucléaires, les prix de l’électricité augmentent également? C’est un vrai problème pour tous les français.

C’est pourquoi nous adressons le problème dans cet article. Puisque le prix de l’énergie varie, son actualité certes liée à la crise ukrainienne n’en fera pas pour autant un dossier périmé d’ici quelques mois. L’énergie étant notre avenir, la question de sa production, de son coût et de sa souveraineté sont et seront toujours cruciales pour notre pays. 

D’ailleurs, avant d’attaquer le vif du sujet, il faut préciser que la hausse spectaculaire du prix de l’électricité et du gaz que l’on connaît depuis plusieurs mois résulte d’une conjonction des variables. Cette combinaison inédite a donc conduit à une flambée exceptionnelle des cours boursiers du gaz et de l’électricité.

Tableau recensant les diverses sources impactant les prix du gaz et de l'électricité.
Source : Sigerly

Ces augmentations rarement observées ne se limitent pas, comme nous l’avons vu, à ces seules énergies. L’essence et le gazole sont bien entendu concernés, tout comme de nombreuses matières minérales et agricoles. 

La structuration du prix de l’essence et du gazole en France

 Un marché pétrolier extrêmement volatile

Les imprévus d’ordre géopolitique, climatique ou technique peuvent provoquer des variations soudaines des prix du pétrole brut.

Les aléas géopolitiques 

Le contexte géopolitique parfois incertain des pays exportateurs peut avoir un impact déstabilisateur sur l’offre et le prix du pétrole brut. Les cours peuvent varier rapidement en fonction d’événements politiques et économiques, notamment lorsqu’un conflit implique un pays producteur de pétrole.

Par exemple, les révoltes de 2011 dans le monde arabe avaient entraîné une forte hausse des cours du pétrole brut (de 96 $ le baril de Brent en janvier à 123 $ le baril en avril, soit une hausse de presque 30% en quatre mois). 

L’invasion russe en Ukraine 

La guerre en Ukraine fait grimper le prix du carburant à la pompe depuis presque un mois. Alors qu’il avait dépassé les 2 euros, on constate cependant une baisse cette semaine.

  • Ainsi, le gazole a vu son prix passer à nouveau sous la barre des 2 euros le litre, avec une baisse constatée de 8% en une semaine, soit de 2,14 euros le litre à 1,97 euro en moyenne. 
  • Pour le sans-plomb 95, la baisse est moins visible avec des tarifs passant de 2,08 euros à 1,97 euros en moyenne, soit -5% en sept jours. 

Évidemment, cette baisse, qui pourrait être de courte durée, ne comble pas la totalité de la flambée constatée début mars dans la foulée du début de la guerre en Ukraine. Le carburant avait ainsi pris 10% entre le 25 février et le 14 mars dernier, attisant une hausse déjà constatée depuis septembre : +30% en moins de sept mois.

Selon le site Carbu.com qui fournit également des relevés réguliers, le sans-plomb 95 E10 s’affiche en moyenne ce mardi à 1,941 euro/litre, soit une baisse de 3 centimes en une semaine mais encore une hausse de 16 centimes par rapport aux tarifs pratiqués il y a tout juste un mois, à la veille du déclenchement du conflit en Ukraine.

Pour le gazole, la donne est similaire avec un tarif moyen annoncé à 2,009 euros/litre soit trois centimes de moins par litre en une semaine mais 29 centimes de plus que le mois dernier. Même si cette baisse est notoire, le prix du diesel et de l’essence est encore considérablement élevé. Et le gazole est toujours vendu plus cher que l’essence.

Photo des pistolets d'une station service

La spéculation sur le cours du baril de pétrole

Les experts scrutent également depuis plusieurs jours les courbes de prix, voyant dans le cours du baril de pétrole, le fameux brent, un motif d’optimisme. Après avoir culminé à 139 dollars, le cours a chuté ces derniers jours, tutoyant le 14 mars la barre des 100 dollars avant de se stabiliser entre 105 et 110 dollars depuis une semaine.

Conséquence : si le délai de répercussion entre les tendances des cours du pétrole et le prix à la pompe est estimé à 10 jours, les prix devraient donc bien baisser ces prochains jours. 

Ces fluctuations ne sont pas étonnantes : la crise ukrainienne et l’invasion russe ne cessent de faire évoluer le prix du baril de pétrole. Comme indiqué précédemment, le marché pétrolier est toujours extrêmement volatile et soumis aux évolutions de la situation dans ces pays. 

Les cours du pétrole brut

Les cours du pétrole brut sur les marchés internationaux varient donc en fonction de l’offre et de la demande. L’excédent d’offre par rapport à la demande a par exemple expliqué la chute des cours du pétrole au 2e semestre 2014. De nombreux facteurs peuvent influer sur les prix du brut, tels que la situation géopolitique des pays exportateurs (exemple : sanctions américaines contre l’Iran), l’évolution des réserves ou encore la spéculation. Dans les pays de la zone euro, la parité euro/dollar a un impact sur le prix d’achat du pétrole brut.

Des différences de prix 

Quelle est la part des taxes dans le prix de l’essence à la pompe ? 

D’après Total, les taxes représentent « la part la plus importante du prix du carburant ». En 2018, selon l’entreprise, les taxes perçues par l’État représentaient par exemple « 63% du prix du Sans Plomb 95-E10 et 60% de celui du gazole ». Il s’agit de loin de la première composante du prix de l’essence et du gazole. 

Les taxes principales 

La taxe sur l’essence se divise en fait en deux taxes différentes : la TVA, et la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). On retrouve également la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP). La TICPE est, aussi, plus importante sur l’essence que sur le gazole. En fonction des tarifs de l’essence, la TICPE représente près de 70 centimes sur l’essence, 60 centimes sur le prix d’un litre de gazole.

Notons que la part des taxes augmente mécaniquement lorsque les cours du pétrole baissent, et inversement (compte tenu du montant fixé par litre de la TICPE, principale taxe sur les carburants).

La taxe carbone 

La taxe carbone est une taxe sur les émissions de CO2. Elle a été mise en place en 2014. Selon un rapport du Sénat portant sur les recettes de l’année 2016, « sur les 4 milliards d’euros de recettes supplémentaires attendues de la composante carbone en 2016, 3 milliards d’euros sont restitués aux entreprises au titre du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), et 1 milliard d’euros aux ménages, au travers des taux réduits de TVA applicables aux travaux de rénovation énergétique des logements et en faveur du logement social et du logement intermédiaire ».

Pour le Sénat, l’augmentation de la taxe carbone résulte donc d’une « logique de rendement budgétaire » et ne sert pas particulièrement à financer la transition écologique.

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Aux États-Unis, l’État de Washington a mis en place en 2012 une taxe annuelle de 100 $ pour les utilisateurs des voitures électriques afin de compenser ce manque à gagner(12). En France, le gouvernement n’a pas officiellement lancé le sujet mais la question d’une nouvelle taxe sur l’électricité pour compenser la perte potentielle sur la TICPE est en réflexion.

Selon les pays

Les différences entre les prix du gazole et de l’essence à la pompe entre les États européens s’expliquent par deux facteurs :

  • l’existence de systèmes fiscaux différents : les taxes intérieures (TICPE en France) et la TVA varient selon les pays et l’Union européenne fixe des niveaux minima de taxation applicables aux carburants. Les différences de fiscalité sur l’essence et le gazole sont toutefois relativement limitées d’un pays européen à l’autre (sauf dans certains cas, par exemple, l’essence est sensiblement moins taxée en Espagne et au Luxembourg que dans les pays voisins). Cela limite les forts écarts de prix à la pompe dans les différents pays européens ;
  • la concurrence sur le marché national des carburants : le niveau de concurrence des acteurs de la distribution sur les marchés nationaux a un effet important sur les prix hors taxes des carburants. Par exemple, le marché français est très concurrentiel et les marges de distribution sont parmi les plus faibles d’Europe. Rappelons toutefois que ces marges sont essentiellement dues aux coûts spécifiques aux pays (ex : CEE, TGAP en France). Elles ne reflètent donc que partiellement l’intensité concurrentielle.
Carte des prix à la pompe de l'Euro-super 95 dans l'UE en 2018
Prix à la pompe de l’Euro-super 95 dans l’Union européenne au 18 juin 2018 (©Connaissance des Énergies)
Carte des prix à la pompe du gazole dans l'UE en 2018
Prix à la pompe du gazole dans l’Union européenne au 18 juin 2018 (©Connaissance des Énergies)

Une comparaison mondiale 

Au niveau international, des écarts importants existent entre les différents prix nationaux des carburants. Ces écarts sont largement dus aux niveaux variables des taxes, le prix du brut étant quant à lui basé sur des prix internationaux.

Aux États-Unis par exemple, le carburant n’est que très peu taxé : les taxes s’élèvent en 2018 dans le pays à 0,47 $/gallon d’essence (dont 0,184 $ de taxes fédérales et 0,283 $ de taxes des États en moyenne, sachant qu’un gallon équivaut à près de 3,79 litres) et à près de 0,54 $/gallon de gazole. 

D’autres pays tels que le Mexique, le Canada et l’Australie taxent aussi très peu leurs carburants. C’est en Europe que la fiscalité des carburants est la plus importante. Les prix des carburants à la pompe y sont par conséquent parmi les plus élevés du monde.

Certains pays comme l’Arabie saoudite ou l’Iran subventionnent la consommation de carburants pour des raisons de stabilité politique, en assurant un prix fixe quel que soit le cours du baril.

Selon les distributeurs / stations-essence 

Comme précisé précédemment, les prix à la pompe de l’essence et du gazole sont déterminés en fonction du coût du pétrole brut, des coûts de production et de distribution du carburant mais aussi des taxes spécifiques auxquels ils sont soumis. Ces taxes sont très variables d’un pays à l’autre et sont responsables en grande partie des écarts de prix entre les pays. 

Dans cette fiche sont présentés les différents coûts constituant les prix à la pompe du gazole et de l’essence SP95. Précisons que la consommation de SP95-E10 en France dépasse celle de SP95 depuis 2017. Ces carburants, aux coûts assez proches, se différencient par le taux d’incorporation de bioéthanol (10% pour le SP95-E10 contre 5% maximum pour le SP95).

Schéma de la structuration des prix à la pompe pour l'essence SP95 et le gazole en 2018
Structuration des prix des carburants à la pompe en mai 2018, d’après UFIP et données ministérielles (©Connaissance des Énergies)

Vous l’avez remarqué, il existe parfois des écarts de prix assez conséquents, selon la station-service : entre marques de distributeurs (supermarchés notamment) et stations de groupes pétroliers, la différence peut sembler importante.

Elle s’explique par différents paramètres, dont l’image de marque, mais aussi les fameux additifs. Vous les connaissez peut-être par leur nom commercial. Le carburant Excellium par exemple dans le réseau Total comporte de nombreux additifs. Incorporées au carburant, elles servent à en améliorer la qualité donc le rendement.

Destinés aussi à protéger le moteur ou le réservoir, ils agissent également sur les prix, plus élevés, ce qui fait parfois naître la polémique sur leur utilité. Argument marketing utilisé pour justifier ces tarifs ou vrai bénéfice pour la voiture, le débat est vif.

Carte des points de vente de carburant en France

Le coût de l’énergie électrique : sous influence 

Le prix de gros de l’électricité, qui a connu une augmentation d’environ 130% depuis le début de l’année, se vend dernièrement à plus de 90€ le MWh, soit un montant proche de celui d’avant la crise financière de 2008.

Alors que le nucléaire est souvent présenté comme trop cher par ses détracteurs, la récente envolée des prix du gaz démontre à quel point l’énergie nucléaire permet de se protéger de la volatilité du marché tout en assurant l’indépendance énergétique du pays. 

L’ouverture du marché et la fin du monopole EDF (rappel historique)

La France possède l’une des électricités les moins chères d’Europe, et la moins chère parmi ses voisins d’Europe de l’Ouest, en très grande partie grâce au parc nucléaire historique. Le pays dispose actuellement d’un important parc nucléaire construit majoritairement dans les années 70-80 lui assurant des prix faibles et stables toute l’année.

Le parc nucléaire actuel n’étant pas éternel, celui-ci devra impérativement être renouvelé. Dans ce contexte, beaucoup critiquent les coûts importants du nouveau nucléaire, symbolisé par les délais record et les surcoûts sur le chantier de l’EPR de Flamanville.

Pourtant, nombreux sont ceux qui pointent du doigt des coûts de construction faramineux, en centaine de milliards d’euros (170 Md€ selon la Cour des comptes), auxquels devront s’ajouter les coûts de démantèlement des centrales ainsi que la gestion des déchets.

Pour bien comprendre les coûts de production d’un MWh nucléaire, il est important de comprendre comment ceux-ci sont répartis. Entrent dans le calcul les coûts de construction des centrales, les coûts d’approvisionnement et d’enrichissement en uranium mais également les coûts de maintenance et d’exploitation des réacteurs.

Dans un rapport, la Cour des comptes a évalué la répartition de ces coûts de la façon suivante pour le parc nucléaire historique :

Graphique présentant la composition du coût de production du parc nucléaire français actuel

Le coût de production du nucléaire historique est aujourd’hui évalué à 53€/MWh par EDF et 48€/MWh par la CRE1. Ces évaluations prennent en compte le coût de construction du parc actuel mais également les travaux de maintenance (dont le grand carénage sur la période 2014-2025 évalué à 45 Md€ qui permettra de prolonger les centrales actuelles), d’enfouissement via le projet CIGEO (25 Md€) et de démantèlement (20 Md€).

Il est important de noter que l’estimation des coûts de démantèlement provient de coûts observés ailleurs dans le monde. Le parc nucléaire français étant très standardisé, il est probable que les coûts de démantèlement soient inférieurs, par effet de série.

Ainsi, sous réserve que soit mis en place au niveau étatique un programme d’investissement ambitieux sur la filière nucléaire, tout permet de penser que le coût de cette énergie restera maîtrisé à un niveau proche du niveau actuel. Tandis que le coût des énergies concurrentes ne pourra que rester fortement élevé à cause de leurs faiblesses respectives intrinsèques :

  • instabilité des coûts des matières premières,
  • augmentation de la taxe carbone pour les énergies fossiles,
  • coût de stockage pour les énergies renouvelables intermittentes.

Par quoi le coût de l’électricité est-il influencé ?

Pourquoi le prix de l’électricité suit celui du gaz ?

Le prix du gaz est au plus haut depuis 2008. Ce qui agace le ministre de l’économie – et la plupart des français, c’est que le prix de l’électricité en France suive le prix du gaz alors que, chez nous, l’électricité provient pour l’essentiel des centrales nucléaires (70%) ou des barrages hydroélectriques. Rien à voir avec le gaz. Mais si les deux prix sont liés, c’est à cause des règles européennes instaurées pour constituer un marché unique de l’énergie. 

Pourquoi les règles européennes lient-elles le prix de l’électricité à celui du gaz ? 

Tout simplement parce que sur le marché de gros, celui des grandes entreprises, le prix de l’électricité s’ajuste toujours sur le prix du dernier kilowattheure produit. C’est comme cela que l’équilibre se fait entre l’offre et la demande. 

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Or on fait d’abord produire les éoliennes et les barrages, puis  le nucléaire, et quand ça ne suffit pas on a recours aux centrales à gaz. C’est ce que font l’Allemagne ou l’Espagne. C’est comme cela que le prix du gaz devient la référence des marchés de gros d’électricité en Europe. 

Comment ça arrive sur votre facture ? 

C’est la Commission de régulation de l’énergie, la CRE, qui fait au ministre une recommandation sur le niveau des tarifs réglementés d’EDF pour les particuliers. Pour calculer le juste prix, elle suit un barème qui intègre l’évolution des cours sur le marché de gros. C’est un des points clés pour qu’il puisse y avoir de la concurrence entre EDF et les opérateurs alternatifs, qui se fournissent en partie sur les marchés de gros. 

Quels sont alors les avantages à ce que la France ait investi dans le parc nucléaire ?

Même si le prix de l’électricité monte en France, il reste moins cher que chez nos voisins, alors même que les taxes sur l’électricité sont bien plus élevées chez nous. C’est bien grâce au prix fixe auquel EDF vend à ses clients et ses concurrents une partie de son énergie nucléaire, provenant des centrales dont le coût est amorti. 

Les raisons de l’augmentation des prix de l’électricité 

Comme vu précédemment, la production d’électricité dépendant de ressources comme le gaz, si le prix de ce dernier augmente alors le prix du MWh augmente en conséquence. Le mécanisme de fixation du TRV en France encourage cette augmentation par sa double logique de l’empilement et de la “contestabilité”.

Le TRV s’établissant en partie sur la moyenne du prix de gros, les variations de ce dernier ont un impact direct sur le tarif pour le consommateur. Cependant, si les prix sont très élevés ces derniers mois, ils sont aussi sujets à des variations importantes au cours d’une même journée. Il faut donc s’attendre à une hausse importante du TRV lorsqu’il sera réajusté en février 2022.

Le coût de l’énergie nucléaire

Critiquée pour ses coûts de constructions et d’entretien, la filière atomique est-elle toujours intéressante économiquement ? Le débat est récurrent, et le coût de l’industrie atomique régulièrement dénoncé par ses opposants. Mais les dernières vagues d’investissements opérées par la filière montrent que celle-ci reste extrêmement intéressante financièrement sur le long terme.

Photo des cheminées d'évacuation d'une centrale nucléaire, sur fond de soleil couchant

Des coûts étalés sur le long terme

Concernant le « grand carénage » chargé de relancer la longévité des centrales, les dépenses (environ 1 milliard d’euros tous les ans sur la période 2014-2025) doivent être rapportées à la quantité d’électricité produite chaque année, soit environ 400 millions de MWh, ou 400 térawattheures (TWh).

Les dépenses d’investissement sont donc importantes, mais déjà incluses et étalées dans le prix de production actuel de l’électricité.

Pour le coût du combustible, il ne représente que 15 % du coût de production et moins de 5 % du prix de vente aux particuliers. Un pourcentage suffisamment faible pour que le coût de production du nucléaire ne soit pas impacté par les fluctuations des cours mondiaux de l’uranium.

En comparaison, les importations annuelles d’énergies fossiles (gaz et pétrole) représentent quelque 60 milliards d’euros, contre un milliard « seulement » pour l’uranium. 

S’agissant, enfin, du démantèlement, des provisions de près de 20 milliards d’euros ont été enregistrées dans le bilan comptable d’EDF, entièrement couvertes par des « actifs dédiés ». Autrement dit, l’entreprise a depuis longtemps « placé » du capital destiné exclusivement à financer sur le long terme le démantèlement des centrales.

D’ailleurs, plus une centrale sera exploitée sur la durée, plus le poids relatif du coût de son démantèlement par kWh produit diminuera. Quant au stockage des déchets, dans le cadre du projet Cigéo, EDF a aussi stocké des provisions, qui équivaudront à près de 30 milliards d’euros in fine selon la Cour des comptes, là aussi totalement couvertes par des « fonds dédiés ». 

Construction, entretien, démantèlement, gestion des déchets : à chaque étape de l’exploitation d’une centrale, c’est bien l’efficacité de la production d’électricité couplée à une exceptionnelle longévité qui permettent à la filière nucléaire d’étaler ses coûts et de devenir finalement extrêmement rentable.

Le coût des énergies renouvelables 

Les énergies renouvelables comme l’éolien et le solaire émettent nettement moins de CO2 que les centrales fossiles, et ne subiront donc pas la forte hausse des droits à polluer. En plus de cela, les énergies renouvelables intermittentes ont vu leur coûts fortement diminuer ces dernières années.

En effet, le coût du MWh éolien et solaire est estimé entre 45 et 70€ en France, rendant a priori les renouvelables plus intéressantes que le nouveau nucléaire.

Cependant, ces technologies n’étant pas pilotables (c’est-à-dire disponibles à la demande et ne dépendant pas des conditions météo), comparer leur prix à celui du nucléaire n’a aucun sens.

De fait, lorsque celles-ci ne sont pas disponibles, nous sommes obligés d’activer des centrales pilotables en soutien, souvent à gaz ou à charbon (qui seront de plus en plus chers comme nous l’avons vu plus haut) dans les pays se passant ouvertement de nucléaire. Les pays avec une forte pénétration de renouvelables comme l’Allemagne ont une électricité particulièrement chère puisqu’elles s’exposent aux prix des centrales fossiles de soutien. 

Les coûts du nouveau nucléaire

Le prix du MWh nucléaire dépend de plusieurs éléments dont les coûts du cycle du combustible, les coûts d’exploitation et de maintenance – qui ne devraient pas sensiblement changer à l’avenir – mais également des coûts de construction et d’investissement. La France étant appelée à renouveler son parc nucléaire d’ici à 2050, la capacité à optimiser les coûts de construction et d’investissement à l’avenir aura un impact direct sur les coûts de production des futurs réacteurs nucléaires français.

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Pour résumer, le coût de production du nouveau nucléaire repose sur deux facteurs : le coût de construction, qui peut être optimisé via la mise en place d’un véritable programme industriel impliquant des effets de série et d’apprentissage, et le coût d’investissement, qui peut être optimisé en garantissant des taux d’intérêts plus faibles et en valorisant plus largement les moyens de production décarbonés.

La SFEN (Société Française d’Énergie Nucléaire) estime que les bonnes mesures permettraient de réduire de 30% les coûts de construction et de 50% ceux liés à l’investissement. Pour les mêmes raisons, EDF pense qu’en partageant les risques et une partie de l’investissement avec l’État, le coût de production des futurs EPR pourrait être inférieur à 60€ / MWh, voire 45€/MWh, soit sensiblement proche de celui du parc actuel.

Photo du chantier d'un EPR

Contrairement à ce que beaucoup de gens avancent, le nucléaire historique est particulièrement compétitif, même en prenant en compte la rénovation du parc. Le prix des énergies fossiles est quant à lui structurellement voué à croître via la hausse des droits à polluer alors que les moyens à mettre en place pour pallier l’intermittence des énergies renouvelables feront sensiblement augmenter leur prix.

Enfin, nous venons de voir que si l’État annonçait la commande de plusieurs EPR en prenant à sa charge une partie du risque associé à leur construction, EDF serait en mesure de construire des EPR dont le prix du MWh serait proche de celui du parc nucléaire existant. En prenant les bonnes décisions politiques dès maintenant, la France pourra continuer à profiter d’une électricité décarbonée, pilotable et bon marché grâce au nucléaire.

Des solutions pour limiter le prix de l’énergie ? 

Le “bouclier tarifaire”

Devant cette situation extraordinaire, le gouvernement a mis en place un « bouclier tarifaire » sur les énergies. Concernant le gaz, le tarif réglementé de vente a été gelé (octobre 2021) et un dispositif de compensation pour les offres de marchés a été déployé. Toutefois, ces mesures s’appliquent uniquement pour les ménages, excluant de fait les collectivités.

Le prix de l’électricité va donc mécaniquement décroître au cours de 2022, même s’il est difficile d’évaluer à ce stade l’impact exact des 20 TWh additionnels d’ARENH pour les collectivités. Une révision de tarif sera opérée dans le cadre du groupement d’achat.

Le contexte particulier de la campagne présidentielle française 

Face à cette situation de crise et afin d’éviter la grogne sociale, le gouvernement a promis une nouvelle aide, sous forme de remise de 15 centimes sur le litre d’essence. De quoi alléger la facture de 7,50 euros pour un plein de 50 litres, un réservoir moyen pour un véhicule en France. « Pour chaque plein de 60 litres, vous économiserez 9 euros« , a également résumé le Premier ministre Jean Castex. Cette mesure doit entrer en vigueur le 1er avril prochain. Dans le même temps, le gouvernement demandait aux distributeurs de carburant de faire un geste.

Pas suffisant pour calmer les tensions montantes : transporteurs routiers et agriculteurs sont montés au créneau dans toute la France depuis la semaine dernière, pour protester contre cette hausse des prix. Des blocages de dépôts et raffineries pétrolières ont également eu lieu dans de nombreuses villes.

Le contexte plus général de la transition énergétique en cours

Comme nous le savons tous, le gouvernement actuel et ses prédécesseurs ont prix des mesures favorisant l’environnement. L’idée est de le protéger afin de pouvoir toujours y vivre dans quelques décennies… ce qui n’est pas gagné ! Cette transition émane d’une demande véritable de la population, finalement prise au sérieux par les politiques, ce qui se traduit par de nouvelles règles législatives.

En outre, des think thank comme Terra Nova soutiennent l’hypothèse que la flambée des prix actuelle constitue « le signal avant-coureur des obstacles qu’il faudra surmonter pour réaliser la nécessaire transition du système énergétique vers un monde bas carbone : l’organisation d’un verdissement compatible avec la sécurité d’approvisionnement et préservant le pouvoir de vivre des ménages dans un contexte de hausse soutenue des prix« . Vaste programme…

Transition énergétique : quel impact sur le prix de l’électricité ?

Rappel : le prix de l’électricité es dépendant de deux principaux : l’évolution de la demande d’un côté, et l’évolution des coûts, donc de la structure de l’offre, de l’autre.

  • Du côté de la demande, la PPE en cours d’adoption prévoit une baisse de la consommation d’énergie finale générale. Dans le détail, si celle de gaz risque effectivement de diminuer de façon assez importante celle d’électricité devrait stagner voire augmenter de par la forte croissance des usages de l’électricité notamment le numérique, les véhicules électriques et, avec la RE2020 plutôt favorable à l’électricité, le chauffage. Si l’amélioration de l’efficacité énergétique et les efforts faits pour la rénovation des bâtiments peuvent limiter cette hausse, les objectifs de la PPE pour 2028 semblent toujours très ambitieux.
  • Du côté de l’offre, l’heure est aujourd’hui à la diminution de la production de nucléaire mais de façon progressive en prolongeant les réacteurs jusqu’à une durée de vie de 50 ans. Cette réduction est certes facile techniquement mais, économiquement, l’énergie produite par les renouvelables (majoritairement solaire et éolien) est plus chère et pose également la question du suivi de charge. Même questionnement pour la pointe avec la fermeture progressive des centrales à charbon.

Un objectif commun : préparer l’avenir

La transition énergétique, en anticipant la hausse du prix de l’énergie et les transitions professionnelles à venir, permet de sortir de la politique des mesurettes, lot commun d’un temps politique qui se focalise sur le court terme, comme celui des grandes entreprises de l’énergie qui préservent leurs propres intérêts financiers immédiats.

Préparer l’avenir, c’est assurer à tous un accès à des services énergétiques de base, faciliter les reconversions professionnelles dans les nouveaux métiers et secteurs, investir dans des équipements et l’isolation des bâtiments avec une vision de long terme, décentraliser la production énergétique et l’adapter aux territoires.

La transition énergétique devra s’appuyer sur les six principes suivants :

  1. Limiter la hausse des factures d’énergie en réduisant la consommation.
  2. Assurer à tous l’accès à des services énergétiques (chauffage, éclairage…) de première nécessité.
  3. Programmer l’arrêt progressif des énergies polluantes, à risques, génératrices de gaz à effet de serre, présentant des risques technologiques majeurs ou qui s’appuient sur des ressources limitées.
  4. Sécuriser la couverture des besoins maîtrisés en énergie.
  5. Permettre aux citoyens et aux territoires de reprendre en main les décisions en matière d’énergie.
  6. Assurer les conditions de réussite de la transition énergétique.

Si vous en doutiez encore, voilà la preuve que l’énergie – et son prix – est un sujet déterminant pour l’avenir…

Evy Lison
Je suis passionnée par la révolution en cours. C'est tout un écosystème qui est en train d'émerger et je m'attache à présenter les innovations sous un angle objectif. Vous pouvez réagir à toutes mes publications en commentaires.

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