Le milliardaire libertarien veut mettre la main sur Twitter pour “rétablir” la liberté d’expression, explique-t-il. C’est à dire, entre-autres, revenir sur la politique de modération mise en place par Twitter. Elle a notamment conduit (comme sur Facebook), au bannissement du compte de Donald Trump. Pour ce faire, Elon Musk vient de proposer de racheter entièrement Twitter et de le sortir de la Bourse. Depuis des années, le patron de Tesla et SpaceX se positionne en défenseur de la liberté d’expression. Cette dernière serait menacée par la modération de Twitter.

Une initiative soutenue par la droite réactionnaire américaine

L’initiative d’Elon Musk est d’ailleurs soutenue par la droite réactionnaire américaine, qui a du mal à faire vivre ses réseaux alternatifs. Sauf que, « une dérégulation du site signifierait donc le retour d’une partie de ce courant important aux Etats-Unis, certes, mais aussi des trolls d’extrême droite et de leurs armes de désinformation massive », selon Benoît Raphaël, expert en intelligence artificielle et systèmes d’informations.

Le chercheur Olivier Ertzscheid, spécialiste des nouvelles technologies à l’Université de Nantes, décrypte les conséquences d’un éventuel rachat total de Twitter par le milliardaire Elon Musk, qui prône une vision radicale de la liberté d’expression. Fin connaisseur du modèle économique des médias sociaux, l’universitaire explique la différence entre la liberté d’expression et son amplification algorithmique, qui justifie selon lui la modération.

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La nécessité d’imposer des règles dans le débat public

Il faut néanmoins noter que « liberté ne veut pas dire neutralité ». La manipulation des algorithmes par des groupes organisés (dans tous les camps d’ailleurs) pour faire remonter des infos et des débats de façon artificielle est une réalité. Pas de liberté sans règles.

On le sait bien, on ne peut pas tout faire et tout dire, surtout sans conséquences. Pour permettre au débat public d’avoir lieu dans le respect de l’autre, certaines règles ont donc été mises en vigueur. L’incitation à la haine ou la diffamation sont, par exemple, punies par la loi. A raison, semble-t-il. Or, le curseur n’est pas toujours si simple à positionner…

Doit-on supprimer tous les discours qui nous dérangent, qui peuvent être perçus comme insultants ou qui remettent en cause l’information officielle, quitte à verser dans le complotisme ? Il est essentiel de se poser les bonnes questions et de définir les bases ainsi que les contours de la liberté d’expression qui nous est si chère.

La main-mise des « géants du Web » sur le débat, source de critiques

D’un autre côté, est-ce à une entreprise privée américaine, surtout à un tel degré d’influence, de décider des règles de modération du débat public mondial ? N’est-ce pas aux Etats (dont c’est le rôle traditionnel) de préserver (tout en la régulant) la liberté d’expression dans l’espace public ? Mais dans ce cas, Twitter resterait-il un espace de liberté s’il devait appliquer la censure des régimes autoritaires ?

Olivier Ertzscheid, comme beaucoup d’autres, dénonce le problème de la gouvernance des réseaux sociaux, qui permet à leurs dirigeants de concentrer un pouvoir démesuré. Paradoxalement, « le fait qu’Elon Musk puisse obtenir un tel pouvoir est [pour lui] inquiétant ».

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On le voit, la question est complexe. Elle doit nous obliger à repenser le rôle des peuples dans la règlementation de leurs espaces de débat : Règles privées ? Régles publiques ? Rôle de la justice ? Avec quelles armes et quelles garanties ? Laissez-nous votre avis dans les commentaires !

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