Installer des panneaux photovoltaïques sur un bâtiment existant, qu’il s’agisse d’une toiture industrielle, d’un hangar agricole ou d’une ombrière de parking, ne se limite plus à poser des modules et un onduleur. Avant tout démarrage de chantier, la structure elle-même doit être validée. C’est le métier de Christophe Poussière, ingénieur en audit de structure et fondateur de P2C, un bureau d’études qui accompagne aujourd’hui de nombreuses entreprises du photovoltaïque dans leurs études de faisabilité. Éclairage sur un maillon souvent sous-estimé, mais devenu incontournable, du montage des projets solaires.
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L’étude de faisabilité structurelle, une étape désormais obligatoire
Le constat de Christophe Poussière est sans ambiguïté : dès qu’un projet vient se poser sur une structure existante, l’étude de faisabilité n’est plus une option. Sans elle, impossible de faire valider le projet auprès d’un bureau de contrôle ou d’un assureur. Concrètement, il s’agit de vérifier que le bâtiment (charpente, couverture, fondations selon les cas) peut supporter la charge supplémentaire des panneaux, des systèmes de fixation, et le cas échéant des charges climatiques locales (vent, neige).
Le bureau d’études P2C, initialement spécialisé en structure métallique, a élargi son champ de compétences au béton et au bois pour répondre à la diversité des bâtiments rencontrés sur le terrain : hangars agricoles, entrepôts logistiques, bâtiments industriels, ombrières de parking.
Le déroulé type d’une mission
Le processus décrit par Christophe Poussière suit une logique en plusieurs temps :
- Le relevé sur site : photos, annotations de l’environnement, caractérisation du système qui sera installé. C’est une phase incompressible, qui nécessite souvent un déplacement de plusieurs jours, y compris sur des chantiers éloignés de sa base (il est intervenu jusqu’à Nantes depuis Ajaccio).
- Le calcul de structure : à partir des données collectées, l’ingénieur établit si la structure existante peut recevoir le projet en l’état.
- La conclusion et le rapport : si la structure n’est pas suffisante, le rapport le formalise clairement.
- Les plans de principe de renforcement : lorsque des renforts sont nécessaires, P2C fournit des plans de principe et une enveloppe budgétaire indicative pour chiffrer l’opération.
- La note de calcul de conception détaillée : sur demande, une seconde note intègre la conception complète du renforcement, les plans d’exécution et l’évaluation budgétaire précise pour réaliser les travaux.
Cette granularité permet aux entreprises installatrices d’arbitrer rapidement : est-ce que le projet est viable en l’état, faut-il renforcer, et à quel coût.
Qui fait appel à ce type d’expertise ?
Sans surprise, ce sont majoritairement les entreprises installatrices de photovoltaïque qui sollicitent ce type d’audit, en amont de la validation de leurs projets. P2C peut intervenir sur tout type de structure, ce qui en fait un point de passage transversal pour des acteurs très variés du secteur.
Un marché qui progresse, sans emballement
Contrairement à une idée reçue sur l’accélération du marché du solaire, Christophe Poussière observe un flux d’activité qu’il qualifie de « presque normal ». Certains clients fonctionnent par lots : plusieurs semaines sans dossier, puis quatre à six projets qui arrivent d’un coup. D’autres ont une activité plus lissée sur l’année.
Un point mérite d’être noté par les professionnels du secteur : le début d’année 2026 a été marqué par un ralentissement, jusqu’à fin mars, lié au flou entourant la validation de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE). Sans PPE validée, les entreprises peinaient à sécuriser le financement de leurs projets. Depuis, le marché s’est stabilisé autour des appels d’offres CRE, qui structurent désormais l’essentiel du financement des projets.
Point d’attention pour les porteurs de projets : cette dépendance au calendrier réglementaire (PPE, appels d’offres CRE) reste un facteur de variabilité important pour l’activité en amont, y compris pour les prestataires techniques comme les bureaux d’études structure.
Le cas de la Corse : un marché des ombrières à ses prémices
Christophe Poussière évoque également un développement local significatif : un appel d’offres sur le marché des ombrières en Corse, sur lequel P2C s’est positionné aux côtés d’une entreprise de structures. Le projet en est à ses tout débuts, mais illustre une dynamique plus large : celle du développement des ombrières de parking, segment appelé à se structurer davantage avec les obligations réglementaires qui s’imposent progressivement aux exploitants de parkings.
Combien coûte une étude de faisabilité structurelle ?
Le prix d’une étude, selon Christophe Poussière, dépend de plusieurs variables :
- La taille du bâtiment
- La complexité de la structure (métallique, béton, bois, ou combinaison de matériaux)
- Le niveau de prestation demandé : dossier clé en main avec relevé sur site, ou simple traitement de données déjà collectées et transmises par le client
Ces paramètres peuvent faire varier le prix du simple au quadruple d’un projet à l’autre. Une donnée utile pour les installateurs qui budgétisent leurs projets en amont : mieux vaut anticiper si l’on dispose déjà des données d’entrée nécessaires (relevés, plans existants) ou s’il faudra financer un déplacement complet de l’ingénieur.
Les données à préparer pour accélérer l’étude
Pour que le calcul puisse être lancé rapidement, Christophe Poussière liste les éléments nécessaires :
- Relevé de la structure existante
- Photos du bâtiment et de son environnement
- Annotations sur le contexte d’implantation
- Caractéristiques du système photovoltaïque envisagé (poids, mode de fixation, implantation)
Une fois ces éléments réunis, le calcul peut être engagé sans blocage.
Un outil pour accélérer le chiffrage des réponses aux appels d’offres CRE
Dernier point notable de l’entretien : Christophe Poussière a développé un outil interne permettant, à partir d’informations de base sur un projet (localisation, type d’implantation), de modéliser une structure complexe et d’obtenir un chiffrage en moins de 30 minutes. Cet outil vise notamment à répondre à la temporalité serrée des réponses aux appels d’offres CRE, où la rapidité de chiffrage peut faire la différence.
P2C envisage de créer une seconde entité pour donner accès à cet outil aux entreprises du secteur, avec la possibilité d’un accompagnement personnalisé pour celles qui le souhaitent.
Ce qu’il faut retenir pour les professionnels du photovoltaïque
- L’étude de faisabilité structurelle est obligatoire dès qu’un projet PV vient se poser sur une structure existante, sous peine de blocage par le bureau de contrôle ou l’assureur.
- Le calendrier réglementaire (PPE, appels d’offres CRE) impacte directement le flux d’activité des bureaux d’études structure, avec un ralentissement observé en début d’année 2026.
- Le prix d’une étude varie fortement selon la taille du bâtiment, la complexité structurelle, et le niveau de prestation demandé (clé en main ou traitement de données fournies).
- Préparer en amont relevés, photos et caractéristiques du système envisagé permet de réduire les délais et les coûts de l’étude.
- Des outils de modélisation rapide émergent pour répondre aux contraintes de temps des appels d’offres CRE, un axe à surveiller pour les entreprises qui répondent régulièrement à ce type de dispositif.
