Rénover une centrale solaire de 15 ans : un chantier, beaucoup de questions

Pendant que tout le monde se bat pour installer du neuf, un acteur du Rhône démonte des centrales solaires de 15 ans sur des sites classés Seveso — et affirme que c’est le vrai marché de demain. Sunova, installateur photovoltaïque piloté par Anthony De Marco, pose une question que peu de monde ose formuler tout haut : que devient le premier parc solaire français quand il vieillit ?

Le parc solaire français a un angle mort

Depuis 2009-2012, la France a installé des centaines de mégawatts de photovoltaïque sur toitures industrielles et agricoles, portée par les tarifs de rachat de l’époque. Quinze ans plus tard, ces installations arrivent en fin de cycle technique : onduleurs à bout de souffle, structures fatiguées, câblages non conformes aux normes actuelles. Le sujet ne fait pourtant l’objet d’aucune filière organisée. Pas de label, pas d’appel d’offres dédié, pas de discours dominant.

C’est ce vide qu’Anthony De Marco, président et directeur général de Sunova, dit vouloir occuper. Il appelle ça le « repowering » : dépose intégrale d’une installation vieillissante, remise à niveau structurelle, repose avec du matériel actuel. Sunova vient d’en boucler un exemple concret pour Engie — 3 MW, six mois de chantier, sur un site classé Seveso seuil haut.

Un chantier qui dit tout du problème

Ce n’est pas un détail anecdotique. Un site Seveso+ impose des contraintes de sécurité industrielle qui n’ont rien à voir avec une pose classique : co-activité avec l’exploitant, procédures renforcées, marges d’erreur réduites à zéro. Ajoutez une toiture vieille de 15 ans dont la portance n’a pas forcément été pensée pour accueillir une nouvelle génération de panneaux, et vous obtenez un chantier qui ressemble davantage à une opération de génie industriel qu’à une simple « rénovation ».

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Et c’est précisément là, selon Anthony De Marco, que se niche l’opportunité que personne ne saisit : ces installations bénéficient souvent d’un tarif de rachat déjà valorisé. Rénover plutôt que démanteler devient donc mécaniquement rentable. « Ça devient forcément rentable et personne le fait », résume-t-il, sans prétendre détenir la solution toute faite. Le constat pointe un vrai trou dans la raquette : aucun acteur ne s’est encore structuré pour industrialiser ce type de reprise. Sunova commence tout juste à s’organiser sur ce segment, avec l’idée de lancer une ou deux équipes dédiées — un début modeste, sur un sujet que la filière tout entière devra apprendre à traiter.

L’étude de structure, ce totem que tout le monde ne respecte pas de la même façon

Le sujet du repowering en révèle un autre, plus profond : celui du contrôle structurel avant toute pose. Sunova impose une visite technique et une étude de charpente réalisée par des bureaux de contrôle type Apave, Veritas ou Socotec, avec une charge d’exploitation annoncée autour de 12 kg/m². Sur le papier, ça paraît basique. Dans les faits, l’acceptation de cette étape dépend beaucoup du profil du client.

Les industriels, dit Anthony De Marco, n’y voient souvent pas d’intérêt. Les agriculteurs, eux, ont davantage de mal à l’entendre — pas par mauvaise foi, mais parce que leurs bâtiments ont été conçus par une génération précédente, sans avoir jamais été pensés pour porter une centrale solaire. Le sujet touche à quelque chose de sensible : la confiance dans un bâtiment familial, parfois centenaire. C’est un point de friction réel dans la filière, rarement mis sur la table publiquement, alors qu’il touche directement à la sécurité des installations et à la couverture décennale des installateurs.

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Un marché qui change de nature

Le contexte réglementaire n’aide pas à clarifier les choses. « C’est un peu la croix et la manière cette année avec le gouvernement qui fait un pas en avant, trois pas en arrière », observe Anthony De Marco. Les projets en revente totale s’allongent avec la multiplication des appels d’offres, pendant que l’autoconsommation gagne du terrain — un mouvement qu’il observe aussi côté client : « Les consommateurs commencent à comprendre que ça sert à rien de sur-dimensionner les installations. »

Autrement dit : le marché du photovoltaïque professionnel est en train de passer d’une logique de volume à une logique de dimensionnement raisonné. Un changement de paradigme qui favorise justement les acteurs capables de challenger une installation existante plutôt que d’en vendre une neuve à tout prix.

Le chiffre qu’il met en avant : zéro retour Consuel

Sur ce terrain-là, Sunova avance un indicateur simple : sur 8,2 MW installés en 2025, l’entreprise affirme n’avoir eu aucun retour Consuel — l’organisme qui certifie la conformité des installations électriques en France. Après douze ans dans le métier, Anthony De Marco en parle sans grandiloquence, presque comme un soulagement plutôt qu’une victoire : zéro non-conformité relevée, sur un volume qui n’a rien d’anecdotique. Il préfère y voir le résultat d’une méthode et d’un travail d’équipe au quotidien plutôt qu’une performance à mettre en avant.

Des partenariats choisis avec prudence, pas avec certitude

Ce qui frappe dans l’échange, c’est la franchise avec laquelle Anthony De Marco évoque ses partenariats — dans les deux sens. Il revendique une collaboration active avec l’éditeur de logiciel de dimensionnement Solteo, dont il dit avoir accompagné la montée en puissance sur le segment professionnel, en insistant sur le fait qu’il cherche « un partenaire », pas un simple fournisseur. Une manière, aussi, de reconnaître qu’il n’a pas toutes les réponses tout seul, et qu’il préfère avancer avec d’autres plutôt qu’en cavalier solitaire.

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Il évoque aussi, avec la même franchise mais sans animosité, avoir décliné pour l’instant l’offre du réseau Solarock. Une décision qu’il présente moins comme un jugement que comme un choix de priorités : Sunova a construit son propre réseau national d’installateurs partenaires, et Anthony De Marco reconnaît volontiers qu’il ne mesure pas encore précisément ce qu’un partenariat avec Solarock pourrait lui apporter en complément — « je ne sais pas ce qu’ils peuvent nous apporter, hormis les leads », dit-il simplement, avant de nuancer : le sujet n’est pas clos, c’est avant tout une question de timing et de modèle. Une manière de dire que Sunova reste ouvert au dialogue avec les autres acteurs de l’écosystème, même quand elle choisit, pour l’heure, de faire sans.

Ce qu’il faut retenir

Sunova n’est ni le plus gros réseau d’installateurs de France, ni celui qui communique le plus. Mais la trajectoire que décrit Anthony De Marco pointe une question que la filière photovoltaïque française va devoir affronter dans les prochaines années : que fait-on des centaines de mégawatts installés il y a quinze ans, sur des toitures qui n’ont pas toujours été conçues pour ça, au moment même où le marché du neuf ralentit et se réoriente vers l’autoconsommation ?

Pour l’instant, la réponse tient en une phrase, glissée presque en passant par son principal artisan : « Toutes les installations vont commencer à être rétrofitées. » Reste à savoir qui, dans la filière, choisira de s’organiser pour l’anticiper — et qui préférera continuer à regarder ailleurs.

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