Okwind lève 3,85 M€ pour sécuriser sa trésorerie et acter son plan de rebond

Après une année 2025 marquée par un plan social de grande ampleur, le projet de cession de son usine flambant neuve d’Étrelles et un chiffre d’affaires divisé par deux, Okwind vient de boucler une augmentation de capital de 3,85 M€. Rencontre avec Valentin Maurice, Directeur Général Adjoint du groupe breton, qui détaille les coulisses d’une transformation destinée à remettre l’entreprise sur des rails de croissance rentable.

Un fleuron breton qui a connu l’hypercroissance… puis le mur

Basé à Torcé, en Ille-et-Vilaine, Okwind s’est imposé depuis 2014 comme le spécialiste français du tracker solaire : une structure montée sur mât qui pivote pour suivre la course du soleil du matin au soir, optimisant ainsi le taux d’autoconsommation de ses clients. « On est basé en Bretagne, c’est une société qui s’est pas mal développée avec le boom de l’électricité », résume Valentin Maurice, Directeur Général Adjoint du groupe et fils du fondateur Louis Maurice.

Les chiffres publics confirment cette trajectoire spectaculaire. Introduite en Bourse sur Euronext Growth Paris en juillet 2022 avec un objectif de 35 M€ de chiffre d’affaires, Okwind a fait exploser ses compteurs : 41,8 M€ de CA en 2022 (+66 %), puis un quasi-doublement à 82,5 M€ en 2023, porté par un EBITDA consolidé supérieur à 14 % — bien au-delà de l’objectif initial. Le groupe visait alors 175 M€ de chiffre d’affaires et environ 20 % d’EBITDA à horizon 2026.

C’est peu ou prou l’ordre de grandeur qu’évoque Valentin Maurice lorsqu’il parle d’une société ayant « atteint 80 M€ de CA » — un seuil effectivement franchi et dépassé dès l’exercice 2023.

Le retournement de 2024-2025 : marché, taux et fin des aides

Mais la mécanique s’est grippée. Le chiffre d’affaires 2024 recule à 57,1 M€ (-31 %), pénalisé par l’attentisme des exploitants agricoles — premier marché du groupe — dans un climat économique et politique incertain. Interrogé sur les causes de ce ralentissement, Valentin Maurice pointe deux facteurs structurels : « On n’a pas eu un produit qui était éligible aux subventions S21. On a souffert de la baisse du prix de l’électricité après le début du conflit en Ukraine qui a dégradé le TRI de nos projets. » Cette dégradation du retour sur investissement (TRI) des installations chez les clients, freinant les prises de décision, tandis que la gamme Okwind restait à l’écart de certains dispositifs de soutien public dont ont pu bénéficier des technologies concurrentes.

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La situation s’est aggravée au second semestre 2025. Le 10 décembre 2025, Okwind annonce un plan de transformation radical : un Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) pouvant concerner jusqu’à 89 postes sur environ 206 salariés — soit 43 % des effectifs — et l’abandon du projet d’usine neuve d’Étrelles, dont la première pierre avait pourtant été posée en février 2025 sur un terrain de 38 000 m², pour un investissement prévisionnel de 15,5 M€. Le bâtiment est mis en vente et le processus de cession est toujours en cours.

Résultat des courses au 31 mars 2026 : les effectifs sont tombés à 137 collaborateurs, contre 235 au 1er janvier 2025, soit une réduction d’environ 42 %. Le groupe a par ailleurs déployé un plan d’économies de l’ordre de 9 M€ et fermé ses agences hors Grand-Ouest, recentrant son maillage commercial sur son bassin historique. C’est dans ce contexte qu’Okwind a également engagé des discussions avec ses principaux créanciers pour obtenir un report de ses échéances — une démarche encore en cours à ce jour.

Une nouvelle gouvernance pour piloter le rebond

Le 23 avril 2026, le conseil d’administration acte un changement de gouvernance majeur : dissociation des fonctions de Président et de Directeur Général, jusque-là toutes deux détenues par le fondateur Louis Maurice. Ce dernier conserve la présidence, tandis que Marie-Sylvie Bertail — près de trente ans d’expérience dans la transition énergétique, ancienne directrice financière puis directrice générale chez Idex Groupe et GreenFlex (ex-filiale de TotalEnergies) — est nommée Directrice Générale. Valentin Maurice devient à ses côtés Directeur Général Adjoint.

« On a eu une nouvelle DG qui est arrivée pendant la période, Marie-Sylvie, qui est venue renforcer la gouvernance », confirme Valentin Maurice. Dans une interview accordée au magazine Plein Soleil quelques mois après sa prise de fonction, Marie-Sylvie Bertail expliquait avoir été « conquise » par les équipes d’ingénieurs et le service R&D d’Okwind à l’issue d’un audit stratégique, tout en reconnaissant que « les charges de personnel ont généré de lourdes pertes » avant le PSE.

L’augmentation de capital : 3,85 M€ pour sécuriser la trésorerie

C’est dans ce contexte de restructuration que s’inscrit l’opération financière la plus récente. Le 8 juillet 2026, Okwind lance une augmentation de capital avec maintien du droit préférentiel de souscription (DPS) d’environ 4 M€, sécurisée à hauteur de 3 M€ (75 % du montant visé) par les engagements de souscription et de garantie des actionnaires historiques. Le prix de souscription est fixé à 0,20 € par action — une décote de 33,3 % par rapport à la moyenne pondérée des trois séances précédentes.

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À l’issue de la période de souscription, close le 24 juillet 2026, la demande n’a couvert que 81,4 % de l’opération à titre irréductible, réductible et libre. Les actionnaires historiques ont alors actionné leurs engagements de garantie à hauteur de 3 M d’actions nouvelles (600 000 €), portant le montant brut total levé à 3,85 M€, via l’émission de 19 243 660 actions nouvelles. Au global, l’opération est souscrite à 96,45 % du montant visé.

« Nous sommes heureux d’annoncer le succès de notre augmentation de capital, souscrite à hauteur de 3,85 M€ », résume Valentin Maurice — une formule qui fait écho, presque mot pour mot, à la déclaration officielle de Marie-Sylvie Bertail : « Le succès de cette augmentation de capital, souscrite à hauteur de 96,45 % du montant visé, témoigne de la confiance de nos actionnaires, dont le soutien renouvelé confirme la crédibilité de notre trajectoire de rebond. »

À l’issue du règlement-livraison, le capital social d’Okwind s’établit à 1 377 833 €, divisé en 27 556 660 actions ordinaires, représentant 32 240 265 droits de vote théoriques. L’opération vise explicitement deux objectifs : consolider la trésorerie du groupe et faciliter les discussions en cours avec ses créanciers.

Un modèle intégré, loin de la toiture et de l’ombrière

Sur le fond métier, Valentin Maurice insiste sur la singularité du positionnement d’Okwind, à rebours des acteurs généralistes du solaire. « On est une société qui est assez verticalement intégrée. On a un écosystème riche avec des batteries sous forme d’armoire, un espace partenaire pour accompagner le déploiement de nos produits », détaille-t-il. Le groupe s’articule autour de deux Business Units : Okwind Constructeur, qui conçoit et fabrique les trackers, et une BU d’installation en propre dédiée en particulier aux exploitants agricoles — sans jamais intervenir sur les segments toiture ou ombrière, occupés par d’autres acteurs du marché.

Le stockage occupe une place croissante dans l’offre : « Chez certains clients on atteint 70/80 % d’autonomie énergétique avec nos BESS sous forme d’armoire, comme des petits conteneurs », explique le DGA, évoquant ces solutions de stockage par batterie (Battery Energy Storage System) intégrées directement à l’écosystème tracker. Les clients-cibles restent inchangés : exploitations agricoles, industrie, tertiaire, collectivités et stations d’épuration, adressés à la fois en direct et via un réseau de développeurs et d’installateurs partenaires.

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Sur son marché historique des trackers solaires deux axes, Okwind revendique une position quasi monopolistique : « En Bretagne on a 99 % du marché français », avec une emprise au sol jugée « extrêmement faible » pour l’implantation d’un tracker — de l’ordre de 100 m² de panneaux solaires au bout d’un mât de 5 mètres pour seulement 1m² d’emprise au sol, ancré sur une structure en béton.

R&D et logiciel : le socle technologique du rebond

Fondé sur un premier prototype de tracker dès 2014, le groupe a construit au fil des itérations une capacité d’ingénierie interne substantielle. « On a une grosse quinzaine d’ingénieurs disponibles pour la R&D », précise Valentin Maurice, qui souligne que la moitié de cette activité est aujourd’hui tournée vers le logiciel — reflet de la place croissante prise par le pilotage intelligent de l’énergie et l’intelligence artificielle dans l’offre du groupe, un axe que Louis Maurice mettait déjà en avant lors des précédentes communications financières du groupe.

Pas d’export en vue pour 2026

Alors qu’Okwind évoquait dès 2021 des ambitions à l’international, le sujet reste aujourd’hui en pause. Avec plus de 5 500 installations quasi exclusivement situées en France à fin mars 2026, Valentin Maurice est clair : « On n’est pas déployé à l’export, on a 5 000 installations essentiellement en France. On va se reposer la question de l’étranger, mais pas sur cette année. » Une prudence cohérente avec la priorité affichée par la nouvelle direction : consolider le socle domestique et la rentabilité avant d’envisager une nouvelle phase de croissance.

Ce qu’il faut retenir

  • CA en dents de scie : de 41,8 M€ (2022) à 82,5 M€ (2023), puis retour à 57,1 M€ (2024) et 23,8 M€ en 2025, année de la restructuration.
  • Effectifs divisés par près de deux : de 235 salariés au 1ᵉʳ janvier 2025 à 137 au 31 mars 2026, après un PSE portant sur un maximum de 89 postes.
  • Abandon du site industriel d’Étrelles, dont la cession est toujours en cours.
  • Nouvelle gouvernance : Louis Maurice reste Président, Marie-Sylvie Bertail devient Directrice Générale, Valentin Maurice Directeur Général Adjoint.
  • Levée de fonds de 3,85 M€ finalisée fin juillet 2026, sécurisée à 96,45 % grâce au soutien des actionnaires historiques.
  • Négociations en cours avec les créanciers pour un rééchelonnement des échéances.
  • Un positionnement produit toujours jugé pertinent par la direction face aux enjeux d’autoconsommation, avec un carnet de commandes de 14,8 M€ au 31 mars 2026 laissant entrevoir une stabilisation de l’activité en 2026, avant un espoir de reprise en 2027

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