Véhicule électrique SpaceX accuse T-Mobile de vouloir « nuire à un concurrent » : aux États-Unis, le satellite pourra se passer des opérateurs, en France non

SpaceX accuse T-Mobile de vouloir « nuire à un concurrent » : aux États-Unis, le satellite pourra se passer des opérateurs, en France non

Dans une pièce déposée à la FCC le 28 octobre, SpaceX accuse T-Mobile et « de nombreux opérateurs historiques » d’un « désir mal placé de nuire à un concurrent ». Le concurrent, c’est Starlink Mobile, son service qui relie directement les smartphones à ses satellites. Une semaine plus tard, le 4 novembre, Starlink annonçait construire son propre réseau mobile aux États-Unis, satellite et antennes terrestres réunis. En France, le régulateur rappelle à Tesla Mag qu’aucun satellite ne peut utiliser les fréquences d’un opérateur mobile sans son autorisation.

Ce que SpaceX écrit à la FCC

La pièce n’a pas été déposée dans le dossier du téléphone par satellite que la FCC a mis au vote le 29 octobre, mais dans celui de la préparation de la Conférence mondiale des radiocommunications de 2027 (dossier OIA 24-30). Datée du 28 octobre et rendue publique le 29, elle est signée d’Udrivolf Pica, responsable de la politique satellite de SpaceX. Elle porte sur le point 1.13 de l’ordre du jour de la conférence : l’usage, par des satellites, des bandes de fréquences des réseaux mobiles pour joindre directement les téléphones. Lire la pièce de SpaceX sur le site de la FCC.

Trois passages résument le conflit :

  • L’accusation. SpaceX dit avoir « beaucoup travaillé avec les autres opérateurs, dont T-Mobile » pour arriver à une position commune. « Malheureusement, le désir mal placé de nuire à un concurrent a conduit de nombreux opérateurs historiques à s’opposer à des règles modernisées » qui apporteraient le service aux communautés frontalières mal desservies.
  • Les 400 kilomètres. T-Mobile demande que ses antennes soient protégées des brouillages 100 % du temps. Selon SpaceX, cette exigence créerait autour des antennes des zones tampons de plus de 400 kilomètres, privant « des millions » de personnes du service dans les pays qui l’appliqueraient. SpaceX propose que ce seuil s’applique 80 % du temps.
  • Le lobbying. SpaceX demande aussi à la FCC d’écarter les propositions de l’AFTRCC, l’organisme qui coordonne les fréquences des essais en vol, qu’elle qualifie d’« organisation de lobbying » au service des « entreprises historiques ». Elle relève dans ses commentaires une série d’erreurs de lecture des études américaines.

Sollicités le 29 octobre, SpaceX, T-Mobile et la FCC n’ont pas répondu à nos questions à l’heure de publication.

Jusqu’ici, Starlink Mobile se présentait comme le partenaire des opérateurs : T-Mobile est son partenaire de lancement aux États-Unis, et il fonctionne avec Vivo au Brésil (notre article). Le 4 novembre, Starlink a changé de pied : « Starlink Mobile construit le premier réseau national américain entièrement intégré, satellite et terrestre », avec des stations de base 5G équipées de puces Qualcomm, « à partir de 2027 ». Voir l’annonce de Starlink.

SpaceX a les fréquences pour le faire. Le texte soumis à consultation par la FCC le 29 octobre (FCC 26-71) rappelle qu’elle détiendra presque toute la bande AWS-3 non appariée après le rachat des fréquences d’EchoStar, quand T-Mobile détient l’essentiel de la bande 2,5 GHz. Dans ses lettres des 21 et 23 octobre à la FCC, T-Mobile demande justement de retirer toute la bande 2,5 GHz du projet, en invoquant les brouillages et les appels d’urgence. Nous avions détaillé ce que la FCC mettait au vote : 13 bandes au lieu de 5, et le rachat des fréquences 800 MHz.

Le même texte propose de supprimer l’obligation, pour un opérateur satellite, de louer les fréquences à tous les opérateurs terrestres d’une zone, et de la remplacer par des « accords de coexistence ». Lire la proposition de la FCC. Le président de la FCC, Brendan Carr, chiffre à plus de 45 milliards de dollars les accords passés en un an dans le satellite direct au téléphone. Il estime que l’ancien cadre, inadapté, avait nourri « gamesmanship » et « tentatives d’arbitrage réglementaire », sans nommer d’entreprise. Lire sa déclaration.

Ce qui se décide en 2027 vaut aussi pour l’Europe

La pièce de SpaceX vise la position que les États-Unis défendront à la Conférence mondiale des radiocommunications, du 18 octobre au 12 novembre 2027 à Shanghai. C’est cette conférence de l’Union internationale des télécommunications qui révise le Règlement des radiocommunications, le traité international qui fixe l’usage des fréquences. Voir la page de la conférence. Les seuils de brouillage que SpaceX et T-Mobile se disputent aux États-Unis seront donc aussi négociés pour les autres pays, la France comprise.

En France, pas de satellite sans l’accord de l’opérateur

Interrogée par Tesla Mag, l’Arcep décrit un cadre à l’opposé de ce que propose la FCC. Les fréquences mobiles sont harmonisées au niveau européen, puis attribuées aux opérateurs. « Un opérateur satellitaire ne peut donc utiliser les fréquences d’un opérateur mobile et/ou d’un autre opérateur satellitaire sans l’autorisation de ce dernier », nous a répondu le régulateur le 3 novembre. Il devrait en outre vérifier que ce nouvel usage respecte le Code des communications électroniques.

  • Les conditions techniques qui permettraient à un satellite d’utiliser les bandes mobiles « ne sont à ce jour pas encore établies » : elles sont discutées à la CEPT, l’organisation européenne des régulateurs.
  • Aucune demande : « A ce jour, l’Arcep n’a pas reçu de demande en ce sens pour l’utilisation des bandes de fréquences des opérateurs mobiles. »
  • La bande satellite de 2 GHz : les autorisations actuelles, celles de Viasat (Inmarsat) et d’EchoStar, expirent en 2027. Le 27 mai 2026, la Commission européenne a proposé de sélectionner les futurs opérateurs au niveau de l’Union. L’Arcep suit ces travaux mais ne maîtrise pas l’agenda européen.

Un opérateur français a déjà signé avec un opérateur satellite : Orange. « En France, Orange a été le premier opérateur européen à lancer un service DtoD avec Skylo », nous a répondu son service de presse. L’offre Message Satellite, ouverte au grand public le 11 décembre 2025, permet d’envoyer des SMS et de partager sa position par satellite, sans voix ni données, depuis un Google Pixel 9 ou 10. Elle est gratuite six mois, puis coûte 5 euros par mois, selon le communiqué d’Orange du 18 novembre 2025. Orange ne nous a rien dit d’un éventuel accord avec Starlink. Bouygues Telecom, Free et SFR n’ont pas répondu à notre question à l’heure de publication.

Starlink Mobile fonctionne pourtant déjà en Europe quand les opérateurs le veulent. Le 28 octobre, après la collision ferroviaire en Espagne, Starlink a annoncé fournir une connexion gratuite aux clients d’Orange Espagne et de Telefónica de la zone : applications et SMS, sur les téléphones LTE compatibles, même avec les antennes hors service. Voir l’annonce de Starlink. Nous avions raconté le précédent espagnol et le projet de service d’urgence en France.

Ce qu’il faut retenir

  • Aux États-Unis, la FCC propose que le satellite puisse se passer d’un bail avec chaque opérateur terrestre. SpaceX accuse les opérateurs de freiner, T-Mobile en tête.
  • Starlink ne sera bientôt plus seulement un partenaire des opérateurs américains : il annonce son propre réseau terrestre et satellite à partir de 2027.
  • En France, rien ne se fera sans l’accord d’un opérateur mobile, et l’Arcep n’a reçu aucune demande pour leurs bandes. Seul Orange propose aujourd’hui un service par satellite, limité aux SMS, avec Skylo.
  • Les règles internationales se fixeront à Shanghai, à l’automne 2027.

Cet article a été produit avec l’assistance d’outils d’intelligence artificielle, sous la responsabilité du directeur de la publication. Notre charte IA

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