Dix mille lancements de Starship par an, depuis un seul site. Elon Musk a fixé ce chiffre ce mercredi 28 octobre au matin pour Starbase Louisiana, le port spatial que SpaceX doit construire sur la côte du golfe du Mexique. C’est le volume que l’Administration fédérale de l’aviation (FAA) prévoit pour l’ensemble des États-Unis, tous opérateurs confondus, à l’horizon 2035.

Ce qu’a écrit Elon Musk
Le message tient en une ligne, publié sur X à 7 h 07 (heure de Paris) : « 10k Starship launches/year is just from Starbase Louisiana », soit « 10 000 lancements de Starship par an, rien que depuis Starbase Louisiana ». Elon Musk répondait à un compte qui résumait le commentaire déposé par SpaceX auprès de la FAA, dans une consultation sur les futurs ports spatiaux américains.
Le chiffre n’est pas nouveau dans son principe. Le 25 août, jour de l’annonce du site, Elon Musk écrivait déjà que Starbase Louisiana aurait à terme « plus d’une douzaine de tours de lancement » et permettrait « plus de 30 vols de Starship par jour ». Trente vols par jour, sur une année, cela fait près de 11 000 lancements (calcul Tesla Mag). SpaceX parlait de son côté de « milliers de vols de Starship par an ». Aucune date n’est donnée pour atteindre ce rythme.
Autant que la prévision de la FAA pour tout le pays
La comparaison vient de la FAA elle-même. Dans l’appel à commentaires publié au Federal Register le 25 août 2026, l’agence écrit que le rythme des lancements américains devrait atteindre 10 000 lancements et rentrées autorisés par an d’ici 2035, et passer de « quelques lancements par semaine à plusieurs lancements et rentrées par jour ».
Aujourd’hui, plus de la moitié des lancements américains partent de Floride, de Cape Canaveral et du centre spatial Kennedy. Avec la base de Vandenberg, en Californie, ces trois sites fédéraux en totalisent 83 %, selon la même notice. Elon Musk annonce donc, pour un seul site privé, le volume que l’administration prévoit pour tout le pays.
Ce que la FAA a demandé, et ce que SpaceX a déposé
La consultation (dossier FAA-2026-9736) applique la politique nationale de transport spatial de 2026. Elle porte sur deux sujets :
- le choix de nouveaux ports spatiaux, avec plusieurs projets déjà étudiés par le passé : Shiloh en Floride, Camden en Géorgie, Porto Rico, et les plateformes de lancement en mer ;
- la création d’un « espace aérien prioritaire » pour des couloirs de lancement jugés critiques, c’est-à-dire des zones où les fusées passeraient avant le trafic aérien.
Les commentaires étaient ouverts jusqu’au 26 octobre. Le dossier en compte 310. SpaceX (Space Exploration Technologies) a déposé le sien le 26 octobre ; la FAA l’a publié le 27 octobre. Nous n’avons pas pu lire ce document : le serveur qui l’héberge en a refusé l’accès lors de notre consultation. Nous ne reprenons donc pas ce que des comptes tiers en disent, et nous compléterons cet article quand nous l’aurons lu.
Starbase Louisiana : ce qui est annoncé
SpaceX a présenté le site le 25 août 2026. Le communiqué publié par Louisiana Economic Development, l’agence de développement de l’État, en donne les chiffres :
- 100 milliards de dollars d’investissement, dans la paroisse de Vermilion, sur la côte du golfe du Mexique ;
- à terme, cinq complexes de lancement, chacun avec deux pas de tir et un parc d’ergols, plus une usine de production d’ergols et des logements pour les salariés ;
- un début de construction prévu en 2027, un premier lancement visé « dès 2029 » ;
- 3 000 emplois directs sur dix ans, avec un salaire moyen annuel de 92 600 dollars, et plus de 8 100 emplois indirects selon l’agence ;
- 25 millions de dollars versés chaque année à la paroisse pendant 25 ans, plus 20 millions au départ, soit plus de 820 millions de paiements locaux.
Le communiqué évoque un site conçu pour « des milliers de lancements par an », sans chiffre précis. Il annonce aussi une remise de 50 % sur les abonnements Starlink éligibles, pour les clients nouveaux et existants ; Elon Musk l’avait résumée le 27 août par « Starlink à moitié prix » pour le voisinage du site.
Pourquoi un tel rythme
Starship est conçu pour être réutilisé entièrement, booster et vaisseau. Le 28 septembre, lors de son quatorzième vol, il a atteint l’orbite pour la première fois et déployé des satellites Starlink de troisième génération ; le booster du vol 15 a passé son essai statique le 25 octobre (notre article). Un rythme de plusieurs dizaines de vols par jour suppose que cette réutilisation devienne routinière, et que l’espace aérien suive : c’est tout l’objet de la consultation de la FAA.
Ce rythme sert aussi les projets de SpaceX dans l’intelligence artificielle, qui a levé 40 milliards de dollars de dette pour des processeurs graphiques selon Elon Musk (notre article), et la constellation Starlink, dont l’offre mobile vient d’ouvrir au Brésil (notre article). La cohabitation dans l’espace devient un sujet à part entière : SpaceX reproche déjà à d’autres opérateurs de manœuvrer leurs satellites sans prévenir (notre article).
Ce qui n’est pas annoncé
- la date à laquelle Starbase Louisiana atteindrait 10 000 lancements par an ;
- le nombre de lancements que la FAA autoriserait sur ce site : aucune licence n’est publiée à ce jour ;
- le contenu détaillé du commentaire de SpaceX à la FAA, que nous n’avons pas pu lire.
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Sources : message d’Elon Musk sur X, 28 octobre 2026 ; messages de SpaceX et d’Elon Musk sur X, 25 et 27 août 2026 ; notice de la FAA « Siting New Spaceports and Use of Priority Airspace for Critical Space Launch Corridors », Federal Register, 25 août 2026, dossier FAA-2026-9736 ; liste des commentaires du dossier sur regulations.gov, consultée le 28 octobre 2026 (commentaire FAA-2026-9736-0263) ; communiqué de Louisiana Economic Development, 25 août 2026.
