Solarock face à la crise de confiance du solaire résidentiel : pari sur les « champions locaux »

Le marché français du solaire résidentiel traverse une zone de turbulences : fin des aides, effondrement des prix de rachat de l’électricité et scandales à répétition ont abîmé la confiance des particuliers. Dans ce contexte, Solarock, jeune pousse fondée fin 2023, mise sur un modèle hybride entre réseau national et ancrage local pour se différencier. Rencontre avec Renan Keraudran, en charge du marketing de la structure, basée dans le Val-d’Oise.

Un modèle qui n’est pas une franchise, mais s’en approche

Solarock a été fondée par Laure Crémieux, Benjamin Barnathan et Joseph-Marie Valleix, trois profils venus de la tech (Palantir, Lime) et de l’entrepreneuriat, avec l’ambition de professionnaliser un secteur qu’ils jugeaient encore trop artisanal. Depuis, l’entreprise a construit un réseau baptisé « Powered by Solarock », qui revendique aujourd’hui plusieurs partenaires implantés dans différentes régions françaises de Bordeaux en passant par la Nouvelle-Aquitaine.

Renan Keraudran insiste sur une nuance essentielle : « Ce n’est pas de la franchise, les acteurs locaux gardent leur identité, il n’y a pas de rachat, il n’y a pas de nom qui s’efface. On garde et on encourage le nom, pour qu’il gagne encore plus de notoriété. » Concrètement, chaque agence locale conserve sa marque, son équipe et sa gestion, mais bénéficie d’un ERP mutualisé pensé pour coller aux besoins des installateurs, ainsi que d’un ensemble de services marketing : études de cas, connexion aux sites des partenaires pour analyser leur trafic, prestations de référencement (SEO), génération de leads via parrainage, événementiel (« apéros solaires », salons, journées portes ouvertes) et acquisition digitale.

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L’objectif affiché est clair : un acteur « champion local » par département, avec un maillage à ambition nationale. Solarock vise aujourd’hui une douzaine d’acteurs dans son programme, avec un objectif de quatre partenaires en phase de « run » (c’est-à-dire pleinement opérationnels et autonomes dans le réseau). Les candidatures viennent d’être rouvertes pour accueillir de nouveaux membres.

Fait notable : les trois cofondateurs n’ont pas délégué entièrement le terrain. Ils ont eux-mêmes réalisé des chantiers et pilotent leur propre agence, qu’ils traitent comme un partenaire du réseau au même titre que les autres, plutôt que comme une entité à part.

Une levée de fonds pour structurer le réseau

Solarock a annoncé mi-2025 une première levée de fonds de 7 millions d’euros auprès de Pale Blue Dot, Noa, Ring Capital et Kima Ventures. À l’époque, Laure Crémieux justifiait cette opération par le potentiel du marché résidentiel français : avec seulement 3 % des foyers équipés en autoconsommation sur plus de 13 millions de foyers jugés compatibles, le gisement restait considérable. Les fonds devaient notamment servir à renforcer la R&D — monitoring avancé, solutions de stockage — et à déployer le modèle de réseau à l’échelle nationale.

Un an après cette levée, le discours de Renan Keraudran est cohérent avec cette trajectoire : consolider un nombre restreint mais solide de partenaires plutôt que multiplier les ouvertures d’agences à marche forcée.

Des offres qui s’élargissent : IRVE, EMS et pilotage énergétique

Historiquement, l’activité de Solarock a été très majoritairement tournée vers le B2C (environ 90 % du volume selon Renan Keraudran), avec quelques projets ponctuels côté B2B — autoconsommation collective, tertiaire — qui restent minoritaires malgré des tentatives répétées.

Deux axes de diversification structurent la feuille de route actuelle :

Les bornes de recharge (IRVE). Le sujet devient central à mesure que les ventes de véhicules électriques progressent. Solarock met en avant sa certification Tesla sur ce segment, un point de crédibilité technique dans un marché où la qualité d’installation des bornes reste hétérogène.

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L’EMS (Energy Management System). Il s’agit de piloter la production photovoltaïque pour la rediriger intelligemment vers les usages électriques du foyer (chauffe-eau, véhicule, appareils électroménagers) plutôt que de revendre le surplus au réseau à un tarif devenu dérisoire — Renan Keraudran évoque un prix de rachat tombé autour d’1 centime d’euro le kWh sur certaines périodes. L’enjeu : maximiser la part d’autoconsommation plutôt que de subir la chute des tarifs de revente, un raisonnement partagé par plusieurs acteurs du secteur qui développent leurs propres solutions de pilotage domestique.

Un marché bouleversé, mais une opportunité selon Solarock

Le secteur du solaire résidentiel a connu, en l’espace de quelques mois, une succession de chocs : suppression de certaines aides (dont le crédit d’impôt CIBRE pour la recharge résidentielle au 1er janvier 2026, et la fin de la prime à l’autoconsommation pour les nouvelles demandes depuis juin 2026), et surtout un effondrement des prix de rachat de l’électricité produite en surplus, qui rend la seule logique de revente de moins en moins rentable.

Ce contexte a aussi eu un effet secondaire : l’attractivité, un temps forte, du secteur a attiré des acteurs peu scrupuleux, multipliant les offres commerciales douteuses (démarchage agressif, promesses de rentabilité exagérées). Résultat : une perte de confiance du grand public envers le secteur dans son ensemble, indépendamment de la qualité réelle des installateurs.

Pour Renan Keraudran, ce nettoyage du marché est en réalité une opportunité pour les acteurs qui ont fait « leur travail de réassurance » — c’est-à-dire ceux capables de démontrer, preuves à l’appui, la rentabilité réelle de leurs installations plutôt que de vendre une promesse abstraite. L’argument de vente évolue : moins la revente du surplus, davantage la valorisation patrimoniale du bien immobilier et la protection contre la hausse continue des prix de l’électricité, dans un contexte où la facture progresse d’année en année indépendamment des mécanismes de soutien public.

Un secteur qui se structure autour de plusieurs modèles concurrents

Solarock n’est pas seul sur ce créneau du solaire résidentiel « nouvelle génération », et plusieurs acteurs développent des approches différentes pour répondre à la même défiance du marché :

  • Ensol, positionné historiquement sur l’arc sud de la France (PACA notamment), a récemment engagé une expansion vers l’est du pays avec l’ouverture d’une agence à Nancy, misant sur le fort potentiel de raccordement du Grand Est. Ensol propose également sa propre solution de pilotage énergétique (EMS) ainsi qu’un modèle d’abonnement sans apport initial, une approche financière différente de celle de Solarock.
  • SunLib, qui a levé des fonds pour développer un modèle d’abonnement solaire, une alternative à l’achat classique de l’installation.
  • Des réseaux de proximité plus anciens, comme les filiales régionales de groupes type Solair’Forez, qui capitalisent sur une expertise locale de plus de dix ans sans nécessairement s’appuyer sur une structure technologique centralisée comparable à celle de Solarock.
  • Des acteurs orientés produit/kit, comme Beem, qui misent sur la simplicité d’installation (kits en moins d’une heure) plutôt que sur un réseau d’installateurs professionnels.
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Ces modèles traduisent une même intuition partagée par l’ensemble du secteur : la confiance ne se reconstruit plus uniquement par le discours commercial, mais par la preuve — données de production, suivi de performance, transparence sur la rentabilité réelle — et par un ancrage local qui rassure sur le sérieux de l’exécution technique.

Ce qu’il faut retenir

Le pari de Solarock consiste à concilier deux logiques a priori contradictoires : la force de frappe d’un réseau national (outils, marketing, achats mutualisés, R&D) et la crédibilité d’un acteur local ancré dans son territoire, qui garde son nom et sa réputation. Dans un marché où la défiance s’est largement installée après plusieurs années de dérives commerciales, ce positionnement de « réassurance par la preuve » — plutôt que par la promesse de rentabilité rapide via la revente — semble être devenu l’argument central de différenciation pour l’ensemble des acteurs sérieux du secteur, Solarock inclus.

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