Energies Réseaux de recharge Vols de câbles sur les bornes : 427 plaintes depuis janvier, qui paie la note ?

Vols de câbles sur les bornes : 427 plaintes depuis janvier, qui paie la note ?

Station Engie vianeo
crédit ENGIE Vianeo

427 plaintes déposées depuis janvier par 21 adhérents de Charge France, 27 opérateurs touchés, près de 9 millions d’euros de dégâts. Les chiffres du vol de câbles sur les bornes de recharge circulent partout cette semaine. Personne ne dit qui règle l’addition. Ce n’est pas l’assurance, et ce n’est pas le voleur.

Quarante euros de cuivre, dix mille euros de réparation

Le calcul du voleur est simple et stupide. Un câble de recharge rapide contient quelques kilos de cuivre, revendus quelques dizaines d’euros à la ferraille, dans un marché où le métal tourne autour de 9 000 euros la tonne. Le calcul de l’opérateur, lui, n’a rien à voir : il faut envoyer un technicien, commander la pièce, immobiliser la borne, et perdre le chiffre d’affaires pendant tout ce temps.

C’est pour cela que les 9 millions d’euros annoncés par Charge France additionnent deux choses très différentes : le matériel détruit et les recettes perdues. La seconde ligne est souvent la plus lourde, et c’est celle dont personne ne parle.

Qui paie, concrètement

Trois acteurs se partagent la note, et aucun n’est celui qu’on croit.

L’opérateur d’abord. Les franchises et l’exclusion fréquente du vandalisme dans les contrats font que la réparation reste largement à sa charge. Le propriétaire du site ensuite, quand la station est installée chez lui en délégation : selon le contrat, l’indisponibilité lui coûte une redevance. Et l’automobiliste enfin, qui n’a rien volé ni rien cassé, mais qui arrive sur une station hors service. Celui-là paie en temps, en détour, parfois en dépanneuse s’il était juste.

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À terme, tout cela se retrouve dans le prix du kilowattheure au public. Le vol de câbles n’est pas un fait divers : c’est une taxe diffuse sur la recharge.

La justice a commencé à suivre

Le 8 juin, le tribunal d’Évry-Courcouronnes a condamné deux hommes pour des vols de câbles sur des stations publiques : douze mois de prison ferme sous bracelet électronique pour l’un, douze mois avec sursis pour l’autre, tous deux tenus d’indemniser les opérateurs. C’est la première décision de ce type, et elle change la façon dont la filière aborde le sujet.

« Ceux qui s’attaquent aux stations de recharge doivent savoir qu’ils s’exposent à des peines de prison », a réagi Didier Liautaud, président de Charge France et directeur général d’Engie Vianeo France. L’association a construit sa stratégie sur le dépôt systématique de plaintes, précisément pour rendre ces condamnations possibles.

Ce que les opérateurs attendent maintenant

Un verrou s’est levé en mars : un règlement européen facilite désormais le remplacement des câbles endommagés, un point technique qui paraît mineur et qui conditionnait la rapidité des remises en service. Restent deux demandes. Le traitement du recel, parce qu’un câble volé se revend quelque part, et la reconnaissance du caractère aggravé de l’atteinte à une infrastructure d’intérêt général.

La deuxième piste est industrielle. Le câble lui-même peut être rendu inintéressant à voler, et c’est là que les fabricants prennent le relais des juges.

La parade est déjà sur les Superchargeurs

Tesla a pris de l’avance sur ce terrain avec DyeDefender, une gaine en acier inoxydable qui protège le câble et libère un colorant bleu tenace si on tente de le sectionner. Le voleur repart marqué, le cuivre aussi, et le receleur se retrouve avec une marchandise identifiable. Le constructeur marque également le cuivre de ses câbles, ce qui permet de tracer l’origine d’un lot revendu.

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La logique est la bonne : plutôt que de rendre le vol plus risqué au tribunal, ce qui prend des années, on rend le butin invendable tout de suite. Reste à voir à quel rythme le dispositif s’étend au réseau européen, et si les autres opérateurs suivront sur leurs propres bornes. Sur ce point, aucune annonce coordonnée de la filière à ce jour.

Ce qu’un conducteur peut faire

Pas grand-chose pour empêcher le vol, beaucoup pour ne pas le subir. Vérifier la disponibilité de la station dans l’application avant de s’y engager, garder une deuxième option à moins de vingt kilomètres, et signaler une borne vandalisée plutôt que de repartir : une station non signalée reste affichée comme disponible pour le conducteur suivant. Les propriétaires de Tesla bénéficient ici d’un réseau qui remonte l’état de chaque borne en temps réel dans la navigation, ce qui reste le meilleur filet de sécurité disponible aujourd’hui.

Pour aller plus loin : quatorze bornes Engie hors service après un vol près de Toulouse, le dispositif DyeDefender sur les câbles de Supercharger, et notre entretien avec Didier Liautaud.

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