Actu mobilité électrique Recharge publique : le même plein peut coûter deux fois plus cher, et MyCharge veut le montrer

Recharge publique : le même plein peut coûter deux fois plus cher, et MyCharge veut le montrer

Romain Chantemargue a lancé MyCharge, une application gratuite qui affiche le prix réel payé à la borne, selon le badge ou l’application utilisés. Son constat : l’opacité du prix de la recharge publique est devenue le premier frein à la voiture électrique, devant l’autonomie.

55 badges, 55 prix

Ces dernières années, des milliards ont été investis pour installer des réseaux de recharge, sans vraiment contrôler ce qui se passe ensuite. Deux acteurs se partagent chaque recharge : l’opérateur de la borne, et le fournisseur du badge ou de l’application qui la déclenche. Chacun applique ses conditions, et le conducteur paie un prix différent selon le moyen de paiement choisi. « Quand on a 55 badges différents, ce n’est pas normal d’avoir 55 tarifs différents », résume Romain Chantemargue.

Ses propres relevés illustrent l’écart. Sur une même borne Electra, le kilowattheure revient à 0,29 € en direct, et à 0,48 € avec un badge d’itinérance. Sur le réseau Izivia, il passe de 0,35 € avec Octopus Electroverse à 0,39 € avec Chargemap. Selon la formule d’abonnement, l’écart peut dépasser 100 %.

Le prix affiché sur la borne ne suffit pas

Les totems des stations affichent un tarif, mais pas celui des badges que les conducteurs utilisent. Romain Chantemargue raconte un trajet Lyon-Paris : à la borne, il discute avec un professionnel qui paie par carte bancaire, sans savoir ce que lui coûtera la recharge. « Quand l’électrique est arrivé, le frein, c’était l’autonomie. Maintenant, c’est combien ça va me coûter. »

Totem de la station de recharge Lidl de Villefranche-sur-Saône affichant ses tarifs au kilowattheure
Le totem d’une station Lidl, à Villefranche-sur-Saône, affiche ses tarifs au kilowattheure. Photo : Tesla Mag (2022)

Ce que fait MyCharge

L’application est gratuite, sur Android et sur iOS, et a été téléchargée 8 000 fois. On y consulte les tarifs sans créer de compte. Le compte sert à suivre ses dépenses de recharge, et les utilisateurs mettent la carte à jour eux-mêmes, de façon communautaire. L’équipe développe un planificateur d’itinéraire en temps réel, qui donnera le trajet le plus rapide et le moins cher : c’est l’objet de son incubation chez CY Transfert. MyCharge tient aussi un observatoire des prix, qui montre la disparité des tarifs d’un territoire à l’autre. L’application se présente sur son site.

Un écart avec le prix publié par l’État dans près de neuf cas sur dix

Dans une note datée du 9 septembre 2026, MyCharge a rapproché les prix constatés par ses utilisateurs des tarifs affichés par QualiCharge, la plateforme de l’État consacrée aux bornes publiques. Sur 217 couples borne-badge comparables, 188 présentaient un écart, soit 86,6 %. Seuls 29 tombaient à moins de 1,5 centime du prix affiché.

La méthode est prudente : seuls les couples borne-badge avec au moins trois recharges constatées sont retenus, et c’est la médiane payée qui est comparée au tarif de l’État, lequel ne distingue pas les badges. La note pointe aussi les limites du service public : sur les 341 stations interrogées, 118, soit 34,6 %, n’ont pas obtenu de réponse fiable de QualiCharge.

Un chantier politique

L’État publie déjà les prix de la recharge dans la rubrique « bornes de recharge » du site prix-carburants.gouv.fr. MyCharge échange d’ores et déjà avec lui pour travailler à harmoniser ces informations, afin que les conducteurs de voitures thermiques puissent comparer eux aussi.

Il défend deux idées. D’abord, un plafond : que le prix du kilowattheure en itinérance ne puisse pas dépasser le tarif réglementé d’EDF. Ensuite, pourquoi pas un badge national, « France Recharge », porté par l’État. Selon lui, la régulation des prix viendra avant la taxation de la recharge, qui revient à chaque projet de loi de finances.

MyCharge se veut indépendant : l’entreprise n’a pas de relation avec les opérateurs de bornes ni avec les fournisseurs de badges. Elle échange en revanche beaucoup avec les réseaux secondaires, qui souffrent face aux grands réseaux. Les hôtels, par exemple, ont du mal à faire vivre leurs bornes.

Et les Superchargeurs ?

Les propriétaires de Tesla rechargent surtout sur les Superchargeurs, dont on parle peu quand il est question de prix. Pour Romain Chantemargue, tout le monde a un travail de pédagogie à faire pour que le marché évolue. Pour comparer vous-même, notre comparateur de recharge Tesla reprend les tarifs par réseau, et notre guide des Superchargeurs en France détaille leur fonctionnement.

Qui est Romain Chantemargue ?

Portrait de Romain Chantemargue, fondateur de MyCharge, en costume dans un couloir
Romain Chantemargue, fondateur de MyCharge. Photo : Romain Lesenne

Fondateur de MyCharge, il est aussi élu municipal et travaille à l’Assemblée nationale. Il roule en voiture électrique depuis avril.

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