Le fabricant norvégien Zaptec lance le 15 octobre en France la Zaptec Go 2, sa nouvelle borne pour la maison. Pour Vianney Devienne, CEO de Zaptec France, que nous avons interrogé le 9 septembre, le marché ne regarde plus le prix d’une borne, mais ce qu’elle coûte sur toute sa durée de vie et sa capacité à piloter la recharge. Le vehicle-to-grid (V2G), lui, se prépare pour 2027.

Deux bornes, une même idée : la connexion
En France, Zaptec vend la Zaptec Pro, pour les parkings partagés, et lance le 15 octobre la Zaptec Go 2, pour la maison : la première Zaptec Go n’y a jamais été commercialisée. Les deux bornes visent le résidentiel privé, les flottes d’entreprise et, de plus en plus, les lieux ouverts au public, comme les parkings de supermarché. Les deux rechargent tous les véhicules jusqu’à 22 kW, avec une application pour l’utilisateur et une autre pour l’installateur.
Leur point commun, selon Vianney Devienne : ce sont des équipements connectés. Chaque borne embarque sa propre connexion 4G, couverte pendant toute la durée de vie du produit. « Une borne moderne doit charger vite quand c’est possible, et charger intelligemment quand le réseau est contraint ou quand une production solaire locale offre une opportunité », résume-t-il. Reliées au cloud de Zaptec, les bornes reçoivent des mises à jour à distance, comme une Tesla : c’est par ce biais que de nouvelles fonctions arrivent, à commencer par le V2G.
Le partage de la puissance entre plusieurs bornes passe lui aussi par le cloud. Selon lui, cela évite les limites des petits contrôleurs installés sur place, qui plafonnent autour de 40 à 50 bornes.
Le V2G, un écosystème qui se met en place
Le V2G consiste à renvoyer vers la maison ou vers le réseau l’électricité stockée dans la batterie de la voiture. Pour Vianney Devienne, ce n’est pas une fonction de la borne seule, mais un écosystème : la voiture, la borne, le fournisseur d’électricité et le réseau doivent se parler, selon des standards plus ou moins mûrs.
Le premier étage est fixé par l’Europe. Le règlement délégué (UE) 2025/656 de la Commission européenne, applicable tel quel en France, prévoit qu’à partir du 1er janvier 2027, les bornes installées ou rénovées, publiques comme privées, prennent en charge la norme ISO 15118-20. C’est elle qui ouvre la recharge intelligente avancée et la recharge bidirectionnelle. La Zaptec Go 2 y est déjà compatible, selon le fabricant.
Reste la voiture. « Peu de véhicules sont compatibles aujourd’hui », constate Vianney Devienne : ce sont plutôt les modèles qui sortiront en 2027 et 2028 qui prendront en charge ce standard. En attendant, le V2G avance par accords particuliers entre un constructeur et un fabricant de bornes. Zaptec en a conclu avec BYD et avec Polestar.
Il faut enfin protéger la maison : le dispositif qui la sépare du réseau lorsque la voiture la réalimente est un composant spécifique, qui n’est pas toujours normé. Et pour que l’opération ait un intérêt, il faut des offres portées par les fournisseurs d’électricité. En France, elles ne sont pas encore publiques. « Il reste quelques jalons à franchir pour déployer le V2G largement. On voit un démarrage pour 2027 », estime-t-il.
Le Royaume-Uni en avance, la France en test
Avec Polestar, l’accord est européen, mais chaque pays demande une adaptation et une offre dédiée, d’autant que tous n’autorisent pas la réinjection d’électricité dans le réseau. En France, les premiers tests associent fournisseurs d’énergie, constructeurs et Enedis. Un pilote est en cours sur la recharge en courant continu. En courant alternatif, celui des bornes domestiques, Zaptec y travaille et passera d’abord par le laboratoire avant de préparer des offres.
Le Royaume-Uni est le marché le plus avancé : avant même le V2G, la voiture peut y suspendre sa recharge quand le réseau est trop sollicité. Vianney Devienne cite une offre d’Octopus Energy qui associe BYD et Zaptec : environ 200 livres par mois, avec l’équivalent de 15 000 km d’électricité offerts chaque année. En échange, le conducteur laisse sa voiture branchée un certain nombre d’heures par jour et confie la main à l’opérateur. Le V2G est inclus.
Zaptec a d’ailleurs annoncé le 7 septembre un partenariat avec Kraken, la plateforme logicielle qu’utilisent notamment Octopus Energy, EDF Energy et E.ON Next, déployé dans dix pays européens dont la France. Côté matériel, peu de fabricants de bornes à courant alternatif sauront gérer ces échanges, prévient Vianney Devienne. Certains renoncent même à commercialiser leurs bornes, et quelques constructeurs automobiles ne sont pas prêts.
Ce que l’État pourrait imposer
Pour Vianney Devienne, les pouvoirs publics disposent d’un levier : le matériel. Il rappelle l’élan créé par le crédit d’impôt pour l’installation d’une borne à domicile, plafonné à 500 euros : pour les dépenses payées en 2024 et 2025, il était réservé aux bornes pilotables. « Si on ne fait rien, on n’aura demain que des consommateurs qui tirent sur le réseau », prévient-il.
Il plaide pour des contrôles par des organismes d’État, comme ailleurs en Europe. Le Royaume-Uni applique une norme propre aux bornes, les Pays-Bas tiennent une liste des matériels autorisés, et certains fabricants s’y sont vu interdire la vente du jour au lendemain, pour des raisons de sécurité. À l’inverse, « quand l’État ne fait rien », on trouve en vente des bornes sans obturateur sur la prise de type 2.
Les flottes, les foncières et les copropriétés
Zaptec vend ses bornes aux installateurs, directement ou par des distributeurs. Elles sont posées par ces installateurs ou par des opérateurs de recharge, pour des flottes, des entreprises ou des supermarchés. Le rôle de Zaptec France : aider au dimensionnement, assurer un support local et le service après-vente, et accompagner la mise en place du V2G.
Des foncières ont choisi Zaptec pour équiper leurs immeubles en anticipant les coûts à mesure que les besoins grandissent. « Il y a deux ans, on regardait le prix de la borne. Aujourd’hui, on regarde le coût total de possession sur le long terme », observe-t-il. Le plus grand chantier du groupe : un parking au Portugal, pré-équipé pour 1 000 places.
Les copropriétés restent à conquérir en France, alors que la Zaptec Pro y est répandue dans d’autres pays. À Metz, Zaptec travaille avec UEM, le fournisseur d’électricité local, qui équipe des copropriétés. Le modèle des opérateurs spécialisés est bousculé par la concurrence de la solution d’Enedis, l’infrastructure collective raccordée au réseau public. Pour Vianney Devienne, la borne connectée change la donne : elle permettrait de proposer aux résidents une recharge à prix négatif, rémunérée pour sa flexibilité, et pousserait les opérateurs vers une électricité moins chère.
Sur les bornes ouvertes au public, les opérateurs doivent publier les informations des points de recharge sur la plateforme Gireve. Les données restent par ailleurs accessibles dans le cloud de Zaptec, dont le rôle s’arrête là où commence la facturation des recharges. « Quand on parle de matériel, on a besoin qu’il soit évolutif », insiste-t-il, en pensant aux parkings qui seront demain équipés à 100 %.
La Zaptec Go 2 arrive en France

La nouveauté de l’automne, c’est la Zaptec Go 2, la borne domestique présentée en France en décembre 2025 et commercialisée à partir du 15 octobre. Son développement pour le marché français est terminé : la seule différence avec la version vendue ailleurs tient aux obturateurs ajoutés sur la prise. Elle intègre un compteur certifié MID, utile pour refacturer la recharge en copropriété ou à un employeur. « C’est une borne premium, qui va fonctionner sur tous les segments », résume Vianney Devienne.
Zaptec dit observer une forte croissance, portée par les entreprises et par les obligations d’électrification des flottes, dont les voitures neuves alimenteront ensuite le marché de l’occasion. Selon Vianney Devienne, la France est le pays où Zaptec croît le plus vite, justement parce que ses entreprises rattrapent leur retard sur ces obligations. Les bornes sont conçues en Europe et fabriquées en Allemagne, en Norvège et en Hongrie.
Zaptec en chiffres
- plus de 800 000 bornes installées en Europe ;
- près de 1 000 bornes installées chaque jour en juin 2026 ;
- des filiales dans 8 pays et des installations dans 15 ;
- présent en France depuis 2023, sur le résidentiel comme sur le tertiaire.
Chiffres communiqués par Zaptec en septembre et en octobre 2026.
Pour aller plus loin
- Les meilleures bornes de recharge pour Tesla et voitures électriques ;
- Installer une borne de recharge chez soi ;
- Demander un devis pour une borne de recharge.
Entretien réalisé par Armand Taieb le 9 septembre 2026, relu par Zaptec France avant publication.

