Actu mobilité électrique Bornes de recharge Voiture de fonction rechargée à la maison : qui paie l’électricité ? Entretien avec Arnaud Tran (Voltaback)

Voiture de fonction rechargée à la maison : qui paie l’électricité ? Entretien avec Arnaud Tran (Voltaback)

Une voiture de fonction électrique se recharge la nuit, au domicile du salarié, sur son compteur à lui. L’entreprise doit donc lui rembourser une électricité qu’elle n’a jamais achetée, sans savoir précisément combien est entré dans la batterie. Si elle rembourse trop peu, le salarié paie de sa poche. Si elle rembourse trop, le surplus risque d’être soumis à cotisations. Voltaback s’attaque à ce calcul par le logiciel, sans boîtier ni borne imposée. Plus de 200 entreprises utilisent sa méthode, parmi lesquelles Veolia, Equans (groupe Bouygues), BNP Paribas, le groupe Renault et Engie Home Services pour ses collaborateurs. L’Urssaf a rendu un rescrit sur cette méthode. Son cofondateur et directeur général, Arnaud Tran, ingénieur passé par la recherche sur les batteries, nous a reçus.

L’angle mort des flottes électriques

Tesla Mag : Une entreprise électrifie sa flotte, ses salariés rechargent chez eux. Où ça coince ?

Arnaud Tran : Sur le suivi de la consommation. L’entreprise n’a aucune visibilité sur ce qui se passe au domicile du collaborateur. C’est un énorme problème : elle doit rembourser une dépense qu’elle ne mesure pas. Notre ambition de départ était de construire une plateforme de gestion et d’optimisation des véhicules professionnels, et ce point-là était le premier verrou.

Vous n’êtes pas les seuls à croiser les données du véhicule et celles de la consommation du logement.

Nous allons plus loin que ce croisement. Un service comme le nôtre doit répondre à trois critères, et ils sont indissociables. La simplicité d’abord, pour le collaborateur comme pour l’entreprise. Le parcours utilisateur ensuite, qui doit être rapide : le collaborateur accepte le partage des données de son véhicule, il téléverse une facture d’électricité, et en deux minutes il est remboursé. La précision enfin, et c’est là que nous avons poussé nos algorithmes au maximum.

Encadré : ce que dit la règle

Pour une voiture de fonction 100 % électrique, le Bulletin officiel de la sécurité sociale (BOSS) prévoit que, jusqu’au 31 décembre 2027, l’électricité payée par l’employeur pour la recharge n’entre pas dans le calcul de l’avantage en nature. Si la voiture atteint le score environnemental minimal, cet avantage est en plus réduit de 70 %, dans la limite de 4 641,60 € par an. L’employeur peut ainsi prendre en charge l’électricité que le salarié a réellement payée pour recharger la voiture, sans l’intégrer à l’assiette des cotisations. Tout l’enjeu est de connaître ce montant réel.

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Pour une borne installée au domicile, les règles valent aussi jusqu’à fin 2027. Si l’employeur la récupère à la fin du contrat, sa prise en charge ne crée pas d’avantage. S’il la laisse au salarié, elle est exonérée dans la limite de 50 % des dépenses réelles et de 1 057,10 €, ou de 75 % et 1 585,50 € si la borne a plus de cinq ans (valeurs 2026). L’entretien et le surcoût d’abonnement électrique sont exonérés à hauteur de 50 %. Attention : pour une hybride rechargeable ou pour la voiture personnelle du salarié, l’électricité à usage personnel prise en charge par l’employeur est soumise à cotisations. Nous avons détaillé l’effet de la réforme de l’avantage en nature sur le leasing électrique.

« Détecter 100 % de la charge »

Comment mesurez-vous ce qui est réellement entré dans la batterie ?

Nous partons des API des constructeurs, qui nous donnent les sessions de recharge. C’est de la donnée hétérogène, avec une vraie variabilité d’une marque à l’autre. Nous travaillons avec tous les constructeurs. Seuls les chinois sont moins représentés, parce qu’ils ne sont pas éco-scorés. Pour le prix du kilowattheure, nous passons par la facture d’électricité que le collaborateur téléverse : c’est son tarif à lui, pas une moyenne nationale.

Et la part de l’électricité du logement qui part réellement dans la voiture ?

C’est tout l’enjeu. L’objectif est de détecter 100 % de la charge, sans en inventer. Si vous remboursez trop, vous exposez l’entreprise à un risque Urssaf. Notre travail algorithmique porte sur la précision énergétique, pour ne rembourser ni plus ni moins que ce qui a été consommé par le véhicule.

Comment se passent vos relations avec les constructeurs ?

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Nous arrivons à travailler avec chacun d’eux, et ils sont tous réactifs.

Le rescrit, Bureau Veritas et la marge d’erreur

Qu’est-ce qui rend votre calcul opposable à un contrôle ?

Deux choses. La méthode a été validée par l’Urssaf, et la précision de la mesure a été auditée par Bureau Veritas : 1,2 % de marge d’erreur. Nous sommes Urssaf compliant, et ce n’est pas une formule commerciale : c’est un document.

Ce que Voltaback voit, et ce que l’employeur ne voit pas

Pour prouver qu’une charge a eu lieu au domicile, il faut savoir où était la voiture. Vous exploitez donc la position des salariés.

Nous utilisons la position du véhicule pour justifier que la recharge a bien été faite au domicile, oui. Mais tout cela reste dans l’algorithme Voltaback : le client, c’est-à-dire l’employeur, n’a pas accès à cette information. Nous passons les tests des directions des systèmes d’information et des délégués à la protection des données de nos clients.

Vous dépendez de données que les constructeurs vous vendent. C’est tenable ?

Les prix des API constructeurs sont engagés dans une dynamique de décroissance. Sur le fond, ces données sont celles du conducteur. D’un point de vue légal, elles appartiennent aux propriétaires des véhicules : les constructeurs ne devraient pas les monétiser, et le règlement européen leur impose de ne pas le faire. C’est une dynamique qu’on observe à l’échelle européenne, avec des pays qui poussent pour rendre ces données gratuites. Le Danemark, par exemple.

En moyenne quatre fois moins cher que l’itinérance

Qu’est-ce que l’entreprise y gagne, au-delà de la conformité ?

Le retour sur investissement se lit des deux côtés. Pour le collaborateur, c’est le confort : il recharge chez lui au lieu de perdre du temps à se recharger à l’extérieur. Pour l’entreprise, la recharge à domicile revient en moyenne quatre fois moins cher que la recharge en itinérance.

Tableau de bord Voltaback : économies, CO2 évité et prix moyen du kWh selon le lieu de recharge
L’interface de Voltaback côté entreprise. Capture : Voltaback.

Il y a un deuxième levier, moins évident.

Oui. La dynamique que nous créons donne envie aux collaborateurs de changer de fournisseur d’énergie. Nous leur faisons des recommandations pour optimiser leurs coûts, et on peut baisser le coût de la recharge de 20 % par ce seul biais.

Et la question que tout le monde pose : faut-il installer une borne, ou une prise renforcée suffit-elle ?

Aujourd’hui, nous recommandons de gérer une enveloppe d’investissement pour équiper les salariés. C’est la même démarche que l’équipement internet des collaborateurs : l’entreprise finance un équipement au domicile parce qu’il sert au travail.

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Encadré : quelle borne à la maison ?

La recharge à domicile est le modèle que Tesla défend depuis ses débuts avec son Wall Connector, dont nous avons suivi l’arrivée de la troisième génération en France. Pour faire poser une borne, Tesla Mag vous met en relation avec des installateurs près de chez vous, et nous expliquons pourquoi nous confier votre installation.

Après le remboursement, le pilotage

Comment vous rémunérez-vous ?

Nous facturons une licence par utilisateur. Nous avons aussi des partenaires de distribution, en format revendeur et en format marque blanche. Et là où d’autres acteurs sont sur un autre métier, nous sommes dans l’opération d’un parc électrique.

Bump intègre désormais votre technologie en marque blanche dans son offre pour les gestionnaires de flotte. Qu’est-ce que ça change ?

Ça ne change rien pour les clients actuels ou futurs de Voltaback. Simplement, les clients de Bump pourront choisir, s’ils le souhaitent, de profiter de notre expertise au sein de leur fournisseur historique, Bump, et d’avoir une prestation à 360 degrés autour de la recharge : itinérance, site d’entreprise et domicile.

Où voulez-vous emmener Voltaback ?

L’ambition n’est pas de s’arrêter à ce problème, même s’il est important. Nous voulons accompagner plus largement la mobilité professionnelle. Nous permettons déjà de faire du pilotage de la recharge, et d’utiliser les données des véhicules pour optimiser la gestion du parc et ses coûts.

Pour les lecteurs de Tesla Mag, Voltaback propose le code promo TESLAMAGVBK.


Vous installez des bornes de recharge ? L’espace professionnel de Tesla Mag vous met en relation avec des propriétaires de voitures électriques qui préparent leur projet.

Pour aller plus loin

Entretien réalisé le 26 août 2026 ; réponses relues par Arnaud Tran. Encadré réglementaire : Bulletin officiel de la sécurité sociale, rubrique « Avantages en nature », version en vigueur au 1er juin 2026.

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